Se marier à Las Vegas et dormir avec ses beaux-parents : mode d'emploi

C'est qu'on commence à prendre de sacrées libertés éditoriales nous. Bon, déjà, on est à la bourre comme pas permis. Tu t'en remettras. Par contre, on a décidé de fonctionner autrement pour les articles à partir de maintenant. On va s'en tenir aux récits de villes. On a visité quantité de parcs nationaux de dingue ces derniers jours. Le fait est qu'ils méritent chacun un article dédié. Articles qu'on prendra le temps de rédiger bien comme il faut lors de notre retour à Paris.

Patience est mère de satiété.

Bref, après une semaine passée à se lever tôt (une fois n'est pas coutume) et à crapahuter comme jamais à raison d'un parc par jour, nous voilà à Vegas

On dit que ce qu'il se passe à Vegas reste à Vegas. J'avoue qu'en voyant le nuage de pollution qui entoure la cité du vice, je vois mal comment quoi que ce soit pourrait en sortir, de toute façon. Alors on prend une grosse respiration, et on s'enfonce finalement dans cet épais brouillard de débauche pour les quatre jours à venir. 

Casino Royale

Cette fois, pas de AirBnb ni de Couchsurfing non. Parce que cette destination est un petit peu spéciale. En effet, les parents de Mélissa ont décidé de nous rejoindre afin de fêter le réveillon avec nous (et de se faire un petit road trip OKLM par la même occasion). C'est donc sur les matelas du Tuscany que nous avons posé nos fesses endolories.

Notre programme des prochains jours ? Héhé, tu nous connais : on n'en a aucune idée. On ne sait même pas ce qu'on fera pour le réveillon. On ne s'inquiète pas trop. M'est avis qu'on devrait trouver sans peine de quoi nous occuper à Las Vegas.

Notre arrivée y a d'ailleurs été rythmée par beaucoup d'angoisse. Acheteur compulsif, j'ai commandé sur Amazon quelques accessoires qui viendraient compléter les nouveaux objectifs que je me suis offerts à Phoenix. Tu conviendras que se faire livrer quoi que ce soit quand on n'a pas une adresse fixe, c'est l'absence de praticité. Dieu merci, il existe les Amazon Locker. J'ai donc décidé de faire livrer ma cargaison en plein coeur de Las Vegas.

Qu'est-ce qui pouvait mal se passer ? 

Je te la fais en version rapide : GPS > mauvaise adresse > 25 minutes pour rejoindre le bon endroit > trouve toujours pas > me retrouve dans l'espace livraison d'un casino > demande à un type, m'indique que c'est de l'autre côté > 25 minutes pour se rendre de l'autre côté > marée humaine pour récupérer mes colis > retour au casino > déballage des colis comme matin de Noël.

Lésion oculaire

Mon pare-soleil trop grand désormais fixé à mon objectif, direction Fremont Street. Le vieux Vegas. Il s'agit d'une rue un peu folle, couverte d'une verrière tout en pixels, qui diffuse sans discontinuer des réclames à un rythme effréné. Les casinos situés tous les trois mètres redoublent d'ingéniosité (l'agression visuelle, c'est une science) pour nous faire préférer cet endroit plutôt que le troquet d'en face. 

Drôle de spectacle, les casinos. Je crois avoir éprouvé la même tristesse que celle qui me frappe lors de la visite d’un zoo.

On jette notre dévolu sur le 36ème établissement de la rue (peut-être était-ce le 62ème ?) et déambulons dans les allées enfumées des machines à sous. Drôle de spectacle, les casinos. Je crois avoir éprouvé la même tristesse que celle qui me frappe lors de la visite d'un zoo. Ces gens ont l'air tellement tristes. Surtout toi, là-bas, je t'appellerai Yvette. Mamie afro engoncée dans ton survêtement en velours violet, qui introduit frénétiquement des billets dans la fente de ton bandit manchot. Toi aussi, Tony, tu me fais de la peine. Depuis combien d'heures es-tu là ? Sais-tu seulement qu'il fait nuit, dehors ?

Lasse Vegas

Le lendemain, le réveillon se prépare. Pas qu'on est quoi que ce soit de prévu, encore une fois, mais on est à peu près sûrs d'aller traîner nos godasses le long du strip. Alors on sort nos plus beaux linges du fond de nos sacs, et les repassons à mains nues. Ça fera illusion. 

Une petite bouteille de Champomy pour se mettre en jambes, et nous voilà sur la plus célèbre avenue du Nevada. Le strip est réservé aux piétons pour la soirée. Encore heureux, manquerait plus qu'on doive s'amuser à slalomer entre les limousines. La foule est — comme on peut s'y attendre — tout ce qu'il y a de plus cosmopolite.

On y trouve du traîne-savate ordinaire comme nous, du golden boy fringué par Armani de la mèche aux orteils, de la bimbo montée sur des plates-formes de 20 centimètres et un incommensurable défilé de personnes que je qualifierai de "loufoques". Tu vois Michou ? Bah voilà. Tout pareil. Tout Michou. 

Un DJ beaucoup trop payé joue de l’EDM beaucoup trop fade à une foule de toute façon beaucoup trop soûle pour s’apercevoir qu’il a préparé son mix bien peinard à la maison.

On déambule sans réel but. S'arrêtant, forcément, devant le Bellagio pour admirer les crachats de ses fontaines. Puis devant la réplique de la Tour Eiffel du Paris Las Vegas. Un DJ beaucoup trop payé joue de l'EDM beaucoup trop fade à une foule de toute façon beaucoup trop soûle pour s'apercevoir qu'il a préparé son mix bien peinard à la maison avant de venir.

Parce que c'est quand même beaucoup ça, Vegas. Le paraître, la superficialité. On se rend moins dans ces lieux parce qu'ils nous font envie que parce qu'ils sont trendy. Des considérations de jeunes riches qui nous passent un petit peu au-dessus, mais qui ravivent de douloureux souvenirs de cours de sociologie. 

Pils don't kill my vibe

Non, je suis amer c'est vrai. Mais la raison est plus prosaïque. Impossible de trouver un satané bar où la file d'attente n'excède pas les 40 minutes. C'est sobre, donc, que nous assisterons à l'embrasement du ciel de Las Vegas. Minuit pétante : tous les casinos du strip y vont de leur pétaradant feu d'artifice. Le spectacle dure une dizaine de minutes; on ne sait plus bien où donner de la tête. Au point que je préfère, à ce moment, regarder mes contemporains alentour. 

Quand il oublie d'être lui, l'être humain est beau. Quand, les yeux éblouis par des feux d'artifice, il déconnecte et lâche des sourires d'une bouleversante sincérité.

10 minutes plus tard, tout le monde remet son masque et reprend sa marche. Nous y compris. On se dirige désormais vers le Monte Cristo, où l'on prend un verre avant de nous lancer dans l'attraction principale de Vegas : les machines à sous. 

Disons que notre chance a été aussi aléatoire que notre rythme de publication sur le blog.

On estime qu'environ 1000 personnes vivent dans les souterrains de Las Vegas. Dans des conditions, tu t'imagines, à peine humaines.

Les parents de Mélissa décident de rentrer. Nous choisissons de rester, et nous perdons toujours plus loin sur le Strip. Les portes du New York-New York ont su nous offrir quelque bonne fortune, avant d'entamer notre marche retour vers le Tuscany. 

J'ai toujours imaginé un nouvel an à Las Vegas comme étant le paroxysme de l'éclate. Je sais désormais que la réalité est tout autre. Célébrer l'unité dans un lieu qui prône à ce point l'individualisme est assez cynique. De nombreuses personnes ont marché dans la même direction ce soir-là, c'est vrai. Combien se sont parlées, embrassées, quand minuit a sonné ? Trop peu. 

Bref : ne t'en fais pas toute une histoire. Nouvel An à Vegas c'est pas plus maboule que dans n'importe grande ville occidentale. 

 New Year's Eve Las Vegas

Las Vegas Land

Le lendemain matin, nous profitons de l'absence de gueule de bois pour aller nous acheter de l'équipement contre le froid. Nos visites dans certains parcs nationaux ayant éprouvé notre résistance aux basses températures, on commence à se dire qu'on va grave en chier une fois au Canada ou en Islande

Cet après-midi à Vegas a consisté en une longue et agréable promenade dans le centre-ville. Dans son parc d'attractions. Je tente de capturer tout ce que la ville a de loufoque à offrir, avant de m'engouffrer l'un des meilleurs hamburgers n'ayant jamais franchi la frontière de mon estomac. Ça se passe chez Guy Fieri, et c'est une tuerie.

Le lendemain, les parents de Mélissa reprennent leur route, à rebours de la nôtre, vers les parcs nationaux de Grand Canyon et Arches (qu'on leur jalouse un peu, j'avoue). Il nous reste 24h à passer à deux dans la ville du vice. Ça tombe bien, nous n'avons toujours pas d'alliances pour nos noces du lendemain. Mais oui, tu te rappelles ? On a réservé notre mariage à Vegas le jour où l'on a croisé la route de deux magnifiques bébés tarentules.

L'épisode de la recherche de bagues et de tenues adaptées est en réalité une suite ininterrompue de déceptions, de "mouais, "nan", "berk", "plouf", "bleh", et autres onomatopées signifiant notre profond rejet de la mode s'offrant à nous. C'est donc sous le coup de 20h, que nous nous sommes décidés à acheter deux bagues en toc chez TopShop pour la modique somme de 10€. Ah, je me suis pris une cravate cactus aussi. Pour le côté classe m'voyez. 

On terminera la soirée à siffler des bières de clodo dans notre grande chambre d'hôtel vide en jouant aux cartes. Une certaine idée du bonheur, qui nous correspond assez je dois dire.

Serial Noceurs

Le réveil — forcément vaseux — se fait en fanfare. Le téléphone de la chambre d'hôtel retentit. Il s'agit du chauffeur de notre limousine; celle censée nous amener à la chapelle où nous célébrerons notre union de la loose. Ironie du sort : il s'appelle Jacob. Soit le même nom que l'on a donné au GPS d'iOS, qui nous accompagne chaque jour depuis bientôt deux mois. 

Chaussés de nos Stan Smith "à peu près blanches", nous pénétrons dans l'impressionnant véhicule à rallonge de Jacob. Vitres teintées oblige, on se fend la poire en observant dans les moindres détails les autres automobilistes. Mention spéciale à ce type d'une cinquantaine d'années qui, dans son pick-up rouge, s'est livré à un solo d'air batterie d'une rare intensité.

Idéal pour relâcher un peu le stress. OUI BON ÇA VA ! Même si c'est pour de faux, évidemment que j'ai les foies d'aller me marier. 

Ne vous couchez jamais fâchés. Si vous vous disputez, mangez du chocolat et buvez du vin.

On arrive dans la minuscule chapelle, et procédons aux quelques vérifications sur la réservation à l'accueil. Une prêtresse (ça se dit, prêtresse ? Je sais pas, la dernière fois que j'ai lu ça, c'était pour me créer un nouveau personnage sur World of Warcraft) francophone s'avance vers nous, et nous intime de nous rapprocher de l'autel. 

Faute de témoin, ce sera le photographe qui remplira cet office. On répète religieusement les voeux que notre hôte nous prononce, nous échangeons les alliances, et voilà. Nous voilà mariés. 

 Qu'est-ce qu'on se marre

Qu'est-ce qu'on se marre

Pour de faux, je vous rassure. On a bien précisé au moment de la réservation que l'on faisait ça pour le fun. Du reste, on repart avec de précieux conseils sur le couple de la part de notre charmante prêtresse de niveau 60 (plutôt 70 je le crains). L'un des plus savoureux étant "ne vous couchez jamais fâchés. Si vous vous disputez, mangez du chocolat et buvez du vin". AMEN.

Nous nous livrons ensuite au délicieux exercice du shooting photo. La gêne est totale lorsque notre photographe-témoin m'indique de faire le gimmick d'Elvis "parce qu'on est à Vegas". Soit. Régalez-vous. 

20 minutes après y être entrés, nous ressortons de la chapelle, un sourire béat sur le visage. On décide de prendre un polaroïd devant le bâtiment. Une famille passe par là, et nous félicite sincèrement pour notre union. C'est drôle, ils doivent en voir tous les jours, des mariés comme nous. Pourtant leurs félicitations sont sincères. Ils se proposent de nous prendre en photo. Satisfaits de la prise, nous rejoignons Jacob qui nous reconduit à notre hôtel.

Lune de miel et vallée de la Mort

Pas le temps de traîner, nous devons libérer la chambre. Dommage, on n'aura pas eu le loisir d'accrocher des boîtes de conserve et une plaque "Just Married" à Gudule. 

Nous nous dirigeons désormais vers le nord-ouest, en direction de la International Car Forest of the Last Church (à mes souhaits). Il s'agit d'un projet artistique à grande échelle mêlant religion, vieilles bagnoles et street art. 

Nous passons une bonne heure à prendre des photos de cet endroit fascinant, et en profitons même pour nous faire un petit shooting de jeunes mariés. En découlera la photo que tu connais bien, désormais.

Le soleil se couche délicatement sur le Nevada. Nous passerons la nuit dans une adorable roulotte, aux abords de la Vallée de la Mort, que nous visiterons le lendemain. Comble de la joie, nous avons même eu droit à un invité surprise pour la soirée. Pas de tarentule, rassures-toi, mais une brave minette qu'on a appelé Rouquette, et qui a passé quelques heures en notre compagnie.

On ne l'a pas revue le lendemain. C'est sans doute mieux ainsi ; on aurait été tentés de l'embarquer. 

 Pétrin Express

Pierre

 
 

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 Quitter le bling bling de Vegas un instant et se perdre au milieu d'un cimetière de voitures, chiche ?