Par delà les falaises d'Irlande

Reprenons. Même si les premières heures de notre road trip en Irlande ne se sont pas tout à fait passées comme prévu, on commence à prendre un pied dingue. Après notre voltige sur les hauteurs des falaises de Moher, on a décidé de se prendre deux jours pépouze à Galway qui, paraît-il, est fameuse et goûtue.

Comme d’habitude, on s’est pointé tard chez notre hôte Airbnb. Très tard. 23h30, minuit, tard.

Par chance, Kay est adorable et dispose de +2000 en compétence hospitalité. Malgré l’heure tardive, elle prend soin de nous faire le tour du propriétaire.

Deux paires de grolles déchaussées plus tard, on s’endort tels chatons nouveau-nés avant de partir, le lendemain matin, à la découverte de Galway.

Bad Gal do it well

Comme dans toute métropole qui se respecte, se garer est une épreuve. Ayant rapidement compris que le centre-ville était à éviter (non mais à quoi on pensait, sérieux ?), on se trouve une petite place au soleil au niveau du port.

Heureusement, Galway n’est pas bien grande. Tant mieux, car ce qu’elle gagnerait en superficie, elle le perdrait en charme.

Parce que oui, Galway, c’est super joli. Surtout au niveau des docks et du long walk qui borde le bras du Corrib. Ici, tu trouveras moult maisons colorées qui nous évoquent des images d’Épinal de Copenhague ; ville dans laquelle on n’a jamais foutu un pied, par ailleurs.

En amont du fleuve trône la suzeraine de la ville : la cathédrale de Galway. Doté d’une architecture nous rappelant plus volontiers un palais hongrois qu’un lieu de culte irlandais, l’édifice voit sa coupole verdâtre côtoyer la cime de nuages qui volent bien bas, aujourd’hui.

Gralway

Tu le sais si tu nous lis depuis un moment : on a faim. De tout temps, de toute saison.

Tu le sais si tu nous lis depuis un moment : on a faim. De tout temps, de toute saison. À chaque instant, qu’importe la raison. Pour combler ce besoin maladif d’emplir notre estomac de mets de préférence gras et sucrés, nous avons posé notre embonpoint sur les bancs du Jungle Coffee. Un patronyme fort à propos, la cour de l’établissement étant recouverte de verdure.

Satisfaits, mais pas rassasiés, on file à l’adresse la plus recommandable du coin Ard Bia at Nimmo’s, un restaurant logé sur les quais, à deux pas du musée de la ville. Déco marine, nourriture divine et serveuses à l’amabilité inversement proportionnelle à celle des garçons de café parisien : on passe un sacré bon moment.

Pour finir ce tour d’horizon gustatif, on file au Coffeewerk + Press pour le goûter. Histoire de bien toper notre taux de cholestérol, on opte pour un combo Latte / brownie aux cacahuètes, normal. On s’est dit qu’on aimerait bien habiter dans la boutique à l’étage aussi, qui regorge d’accessoires de hipster-nomade-instagram-pinterest friendly. On se refait pas, hein.

« Michel Sardou aime ça »

Le lendemain, il est temps de reprendre la route. Direction : le parc national du Connemara. L’aura de Michel Sardou planera donc logiquement sur cette journée. Mais avant, si on allait se perdre dans les ruines d’un château  ?

À peine la Sky Road empruntée, on se laisse aller à notre curiosité ce qui, pour une fois, se révèle plutôt gratifiant. Inopinément, on se retrouve dans les ruines du château de Clifden, construit en 1818.

Des vieilles pierres qui se font grimper dessus par des plantes vertes, ça nous excite.

On profite d’être les seuls visiteurs du lieu pour ratisser complètement les lieux. En résultera un nombre totalement déraisonnable de photos, dont plus des trois quarts sont parfaitement inutiles. La preuve, on ne les a même pas incluses à l'article.

Mais on y a croisé des animaux rigolos. Tu veux voir des animaux rigolos ?

Le moment arrive presque de chanter l’hymne des terres brûlées au vent des landes de pierre. Mais avant : nourriture (et bière, on n’est pas des bêtes).

Pour ça, on a choisi de placer nos espoirs dans le Seafarer, situé juste au pied d’une des entrées du parc du Connemara. Ici encore, une déco marine s’appaire avec une ambiance de Pub pour notre plus grand plaisir.

On commande des plats frits (comme si les Irlandais servaient autre chose) et une Smithwicks (prononcer « Smiticks ») dont on commence furieusement à tomber amoureux, et on reprend la route.

Ça y est. C’est le moment. Mes jambes flagellent, ma respiration s’emballe. Mélissa sait ce qui va se passer ; elle ne me retient pas. Pire ! Elle lance la chanson.

Les Lacs du Connemara, de Michel Sardou.

TEEEEEEEEERRE, BRÛLÉEEEEEEEE, AU VEEEEEEEEENT

LA LA LAAAA LA LAAAA LA LA LA LA LAAAA

N’en déplaise à Michel, le charme de la région n’a pas opéré sur moi.

L’exercice vocal m’ayant éreinté, on décide d’opter pour la boucle intermédiaire du parcours mais, n’en déplaise à Michel, le charme de la région n’a pas opéré sur moi.

La randonnée m’ennuie, la météo ne met pas les lieux en valeur et je passe le plus clair de mon temps à me demander comment certains arrivent à se balader en t-shirt alors qu’il fait un vent à renverser des gouvernements.

On ne s’éternisera pas.

Donne ton abbaye

À quelques kilomètres à l’est, se trouve l’abbaye de Kylemore. Un fascinant édifice néo-gothique bordé par des jardins victoriens ravissants. Le plus ? La machine est construite au bord du lac Pollacappull, offrant forcément des vista top moumoute. Et un nom rigolo, avoue.

Il faudra pourtant faire preuve de patience pour obtenir une image vierge de tout humanoïde à Kylemore. En principale attraction touristique de la région qu’elle est, l’abbaye voit des cars de touristes vomir leur cargaison de seniors à la pelle. Enfin, à la canne plutôt.

Une odeur de naphtaline qui fait ton sur ton avec les vieilles pierres.

Une odeur de naphtaline qui fait ton sur ton avec les vieilles pierres que l’on contemple, à la différence près que celles-ci ont la décence de ne pas être méprisantes envers nous, pauvres pouilleux, qui refusent de lâcher les 12 balles requis pour visiter la bâtisse.

On reprend la route en direction des chutes d’Aasleagh, près d’Erriff, dans le comté de Mayo. La météo est maintenant idéale, et le soleil entame sa descente, nous offrant un panorama digne d’une toile impressionniste.

En repartant, on emprunte une route longiligne qui nous rappelle nos meilleurs souvenirs des USA. En jetant un oeil vers notre droite, on aperçoit un étang ma foi fort charmant, et on décide de s'y rendre pour une petite séance photo improvisée. Ne nous demande pas comment s'appelle l'endroit, on n'en sait foutrement rien, mais c'était drôlement joli.

On n’attend pas Patrick ?

Dernier arrêt de la journée : les falaises de Downpatrick Head, à la pointe nord-ouest de l’Irlande. Avant d’arriver, je supposais qu’il s’agissait simplement de falaises qui, après avoir vu celles de Moher, ne me laisseraient pas un souvenir impérissable.

Que nenni. À ce jour, observer le coucher de soleil depuis ce spot reste probablement l’un des souvenirs les plus vifs que je conserve de ce séjour irlandais.

Une fois sur la colline qui surplombe la mer, on se retrouve face à une gigantesque fosse faisait office de caisse de résonnance aux vagues qui se brisent en contrebas.

Plus loin, une armée de mouton s’approche suffisamment du bord pour manquer de me faire défaillir.

Enfin, récompense ultime, le « bord du monde » nous offre l’un des spectacles les plus ravissants jamais vus jusqu’à présent. Témoin de ce sunset inoubliable, le rocher Dun Briste, totalement détaché du reste de la falaise semble contempler avec nous la fin de la journée.

Royal Wedding et Tikka masala

Cette nuit, nous dormons près de Sligo, dans le comté éponyme. Cette partie du pays est de plus en plus sauvage, ce qui va nous poser quelques menus problèmes.

Et vu le trajet qu’on s’apprête à se taper, notre meilleur espoir de nous sustenter est probablement de percuter un mouton et de faire mauvaise fortune bon coeur.

Comme on n’est toujours pas plus prévoyants qu’avant de se mettre à voyager régulièrement, on n’a absolument rien à bouffer. Et vu le trajet qu’on s’apprête à se taper, notre meilleur espoir de nous sustenter est probablement de percuter un mouton et de faire mauvaise fortune bon coeur.

Pendant que je conduis, Mélissa épluche frénétiquement les pages de Tripadvisor pour tenter de trouver un repas sur la route. Ce n’est que vers 22h, au détour d’un village tout paumé, qu’on a pu trouver un Indien qui servait encore. Le restau ne payait pas de mine, mais on n’a probablement jamais mangé de tikka masala aussi bon.

Oui bon ça va hein. On ne peut pas manger local à chaque fois non plus.

On se dépêche d’avaler notre repas, et reprenons la route pour arriver chez notre hôte Carmel à une heure la moins déraisonnable possible. Par chance, c’est une couche-tard, qui nous assure qu’il n’y a aucun problème à ce qu’on prenne notre temps. Peu importe, de toute façon on est crevés.

Au réveil, on se joint à Carmel pour partager un copieux petit-déjeuner. La télévision irlandaise est branchée sur le royal wedding du Prince Harry et de Megan Marckle. « What a bunch o’ bullshit », nous lâche notre hôte pour nous signifier sa désapprobation à l’égard de la surmédiatisation de l’événement.

Notre programme du jour est plutôt léger : nous rapprocher doucement de l’Irlande du Nord, en faisant notamment un arrêt aux falaises de Slieve League qui sont, paraît-il, au moins aussi belles que celles de Moher.

Balèze falaise

En partant de chez Carmel, on décide de longer la côte au plus près. L’odeur iodée de la mer nous manque de plus en plus dans notre petit appartement parisien.

On profite. On s’imprègne.

Avec leur 1005 mètres au compteur, les falaises de Umilehi Point à Hawaï sont considérées comme les plus hautes du monde.

Quelques kilomètres plus à l’ouest de Sligo, on tombe sur la petite ville de Strandhill. Charmante petite bourgade côtière qui ressemble à tant d’autres, mais qui a le grand luxe d’héberger le Shell’s Café : l’une des meilleures adresses du comté.

Repus, nous nous mettons en route pour observer — encore — ces falaises qui nous fascinent tant depuis le début du séjour. Située dans le comté de Donegal, Slieve League domicile en réalité les plus hautes falaises d’Europe. Avec leurs 606 mètres, elles sont quasiment trois fois plus hautes que celles de Moher !

Ce que l’endroit gagne en hauteur, il le perd en touristes.

Et ce que l’endroit gagne en hauteur, il le perd en touristes. Des trois ou quatre heures que nous avons passées sur place, nous n’avons croisé qu’une dizaine de personnes.

Une majesté et des étendues escarpées qui invitent à l’aventure, à la découverte. À ce moment de la journée, je redeviens enfant, m’imaginant dans la peau d’un explorateur téméraire.

Je dévale les pentes, me risque à quelques descentes pas très recommandables. Le jeu en vaut la chandelle : à force d’exploration, nous tombons sur le vestige d’un donjon qui trônait là. Seule une tour a survécu aux ravages du temps.

(En vrai, c'est probablement juste une tour de guet, mais avoue que c'est vachement plus classe d'appeler ça un donjon ravagé par le temps.)

Le soleil se couvre d’un lourde chape de nuages à présent. Mais il nous faut encore faire un arrêt avant de poser nos valises à Letterkenny : Glengesh Pass. Une vallée majestueuse, qui relie les villes de Crove et Ardara, par la Route 230. Malheureusement pour nous, la météo ne s’est pas calmée, et la pluie commence à tomber.

On s’éternisera moins que prévu sur les lieux. Il nous reste pas mal de route à faire pour rallier Letterkenny. Demain, on passe la frontière pour découvrir la Chaussée des Géants et Belfast. Un programme des plus excitants qui nous pousse à rejoindre Morphée le plus tôt possible afin d’éviter les hordes de touristes sur les lieux.

Mais ça, tu le liras dans notre prochain et avant dernier article sur l’Irlande !

 
 Itinéraire de Galway à Letterkenny
 

Pierre

 

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 À la poursuite des plus belles falaises d'Irlande de l'Ouest : Downpatrick Head et Slieve League