La planche dégustation de Bruxelles

On avait « un peu » préparé notre séjour. Enfin, on savait qu’on s’y rendait pour les Nuits Sonores quoi. Un hangar sombre, un sound system rutilant, de la techno qui tabasse. Mais ça, c’était la nuit. Et on avait un tout petit peu oublié de penser ce qu’on ferait de nos journées. Logés dans la très belle rue (non) de la caserne, à environ 15 minutes du centre à pattes, nous n’avions pas à nous plaindre. La propreté aléatoire de notre AirBnb (les taches de foutre sur le canapé, personal favorite) n’avait pas suffit à entamer notre enthousiasme. Enfin pas trop.

Bruxelles nous appelait. Mais la ligne était pleine de friture (Bruxelles, frites ... tu l’as ?). C’est que c’était pas le pied cette affaire. Originaire de Lille, l’architecture bruxelloise ne m’a pas dépaysé. Hormis la Grand Place et les dorures qui ornent ses bâtiments, le charme n’opérait pas.

Reste un domaine dans lequel on la leur fait pas, aux Belges, c’est la béquetance. A défaut de se rincer l’œil, on s’est arrosé le gosier de gras et de binouses aux arômes qui nous changent de l’urine sous verre qu’on nous sert dans la capitale.

Pour ça, c’est le Houtsiplou qui a retenu toute notre attention. Déjà parce que le nom est rigolo, et ensuite parce que la carte des Burgers est plus longue que le programme électoral de n’importe quel candidat de la Vème république. C’est donc une véritable tour de pain, de viande et de sauce qui nous a tapissé le ventre durant tout l’après-midi. Du reste, le cadre façon « chez mémé » n’a pas manqué de nous amuser l’œil.

Au pays de la bière, l'amour coule à flots

C’est bien gentil tout ça, mais on est pas venu pour la pitance à l’origine. Si on était là, c’était pour le gros son. Les Nuits Sonores organisaient leur première édition belge dans la capitale, et la programmation nous a émoustillé (c’est un euphémisme pour pas paraître trop vulgaire. Coucou maman !). Voyez plutôt : Modeselektor (soit 2/3 de Moderat), Leon Vynehall, Laurent Garnier, Rone. Et je vous parle même pas des autres artistes inconnus au bataillon qui constellaient l’affiche. On devait y aller. Pourtant, ça nous a aussi peu mamouré que la ville d'accueil.

Déjà, on a dû prendre un Uber pour y aller. Non mais nous jugez pas, c’est la faute au Poechenellekelder et ses bières trop fortes pour ne serait-ce qu’essayer de prononcer le nom du troquet. Bref, on a raté le dernier métro.

– « Non mais t’inquiète ça doit pas être bien ch... SA RACE ! 25 balles pour 8 kilomètres ?! »

Bawé, y’a pas de Pool en Belgique. Coucou le UberX plein pot.

Enfin sur place, on échange nos biftons contre des tickets qui nous permettront de continuer à alimenter notre biture. Grosse baisse de gamme ici ; on passe d´une ravageuse Triple Karmemliet à la bonne vieille Maes de fin de soirée. Ah non, on a le choix avec de la Despé. Soit. On s’arrose et on va danser.

À ce moment-là, c’est Haring qui joue son set. On connaît pas, mais vingt-Dieux il est doué. Ce sera d’ailleurs le seul artiste du festival à remercier la foule d’avoir suer sur ses titres.

Le magenta nous va si bien

The Hacker ne parvenant pas à s’introduire dans nos circuits, on redescend devant la grande scène pour attendre Modeselektor. On tombe sur le set tribal de Dengue Dengue Dengue. On bite pas grand-chose à la scène. Deux grands gus qui mixent avec des masque, que ma myopie sévère et mon expertise en anthropologie sud-américaine me permettent de qualifier de « brésiliens ». Nos chouchous arrivent. On danse. On s’épuise. On rentre. Et on va même pas parler du tarif du VTC. 45€ n’est pas une somme raisonnable, même à l’écrit.

Touchés par une gueule de bois qui ne chatouillerait même pas Depardieu, nous entamons ce samedi avec un petit-déjeuner salvateur au Kaffabar. C’est choupi le Kaffabar. Ils ont un Bulldog anglais. Ils servent un café à se claquer le cul par terre et un jus de fruit frais à faire pâlir n’importe quel presse-agrume. Requinqués pour la journée, on s’en va fouler le pavé bruxellois pour la deuxième fois.

Ça nous emballe pas plus. Même si on se perd dans des coins nettement plus enthousiasmants que le centre ultra touristique. C’est plutôt vers le palais de Justice que nos pupilles s’écartent. On assiste également à une course de vélos. Les bicyclettes étant chargées de caisses de bières. Ça ne s’invente pas. Amusés par ce spectacle, et encore pleins de LA MEILLEURE GAUFRE DE LA TERRE, on se dit qu’il faudrait peut être aller boire un coup, nous aussi.

J’sais pas, tu galères à trouver ton jambon beurre à Paname toi ?

C’est le début des mauvaises idées. Déjà, on n'est pas très doués. On a quand même galéré à trouver où manger des moules à Bruxelles. J’sais pas, tu galères à trouver ton jambon beurre à Paname toi ? Bref, régalé par une marmite de mollusques arrosés de curry et de vin blanc, on se dit qu'on va boire un godet pas trop loin. Grand bien nous en a pris. On s'est dirigé vers la rue des Chapeliers. TU SAIS, LA RUE LA PLUS TOURISTIQUE DU MONDE (je déconne j'en sais rien, mais tu vois l'idée).

Là on se cale en face du Delirium Café. Et on s'est très sincèrement dit, avec toute notre candeur :

- "Hé ! Mais si on prenait une planche dégustation de bières ?!"

Comme y'en a pas un pour rattraper l'autre, Mélissa enquille "Ouais ! Bonne idée !".

Spoiler : c'était une idée de con.

Regarde, comme il est content d'avoir payé le prix de 4 kebabs pour de la pisse

On paie donc nos 19€ (en liquide, uniquement, because why the fuck not?) et on se frotte les mains en attendant que notre charmant serveur à doudoune (on a pas compris, on était pourtant en intérieur) nous dépose la planche devant le pif. Six bières de 12,5 centilitres, pour mieux découvrir les saveurs locales, pensions-nous.

NOPE

De gauche à droite nous avons : Jupiler noyée dans du sirop de grenadine, Jupiler blonde, Hoegarden blanche, Kwak, Leffe, Grimbergen rouge. MERCI LES GARS ÇA ME MANQUAIT LES BIÈRES DE SUPERMARCHÉ.

On fait la grimace à chaque gorgée alors que Luis Fonzi nous rabat les oreilles de son Despacito dans la plus grande absence de respect. Bordel, ça a intérêt à envoyer plus qu'hier les Nuits Sonores.

Cette fois-ci on arrive à prendre le métro. Alors on se pointe un peu plus tôt et on s'ambiance devant un DJ qu'on ne connait ni d'Eve ni d'Adam, et on se positionne en bonne place pour voir notre poulain du soir : Rone.

La fosse est encore tristement vide pour un artiste de ce calibre. Qu'importe, au premier rang, on en profite un maximum et levons haut les bras lorsque le Lyonnais descend de son piedestal pour remercier son public à la fin de sa courte heure de jeu.

Visiblement, ça a plutôt bien fonctionné.

© Brice Robert

Dommage que le manque d'énergie (et de créativité, déso pas déso) de Deena Abdelwahed ne nous ait pas permis de rester éveillé jusqu'au set paraît-il inflammable de Laurent Garnier en clôture. Non, nous on est rentré avec un chauffeur de Uber qui nous a pété les oreilles avec du Damso à 300 kilomètres/heures sur l'autoroute.

Quelques petites heures de sommeil et nous revoilà partis pour notre chère France. En vrai, Paris nous a un peu manqué. Merde, on est partis que deux jours. C'est grave docteur ?

Pierre

 
 

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