Les pattes velues de San Antonio

On ne vous a pas tout dit. Voyez-vous, il faut parfois faire des choix. C'est un fait. Même si l'on s'arrange pour se trouver dans des positions qui nous autorisent à en prendre le moins possible, des fois on n'y coupe pas.

Ainsi, aussi "intéressantes" aient-elles pu être, il nous faut faire l'impasse sur le récit de Bâton-Rouge, Louisiane, et Houston, Texas.

Pourquoi diable ? Tout simplement car ce serait de la poudre de perlimpinpin. Nous y sommes passés, certes. Mais de là à te raconter ce qu'on y a fait... pas de quoi pondre un article, crois-moi. On y a fait de chouettes photos par contre. Va savoir, elles atterriront peut-être sur Instagram, ou sur le #BattlePhoto un de ces quatre.

San Antonio, personne n’en parle. C’est une erreur.

Bref, il nous faut reprendre le cours de notre périple, avec la seconde étape de notre voyage au Texas : San Antonio.

San Antonio, personne n'en parle. C'est une erreur. Voyons voir s'il s'agit-là d'une ville qui pourrait te correspondre.

Aimes-tu :

⃞ Les jolies lumières ?
⃞ Les promenades le long de l'eau ?
⃞ Les gondoles ?
⃞ Les parapluies colorés ?
⃞ Les villes à taille humaine ?

Si tu coches tout ou partie de cette courte liste, considère de te rendre un jour à San Antonio.

Viens, faut qu'on te montre.

Le feu de Saint-Antoine

Comme tu le sais, on navigue depuis quelques jours à bord de notre chère Gudule. L'inconvénient d'un véhicule en road trip, c'est que le garer coûte cher. On opte donc depuis quelques semaines pour des hébergements en périphérie des villes que l'on visite. On se lève tôt et paf, on passe la journée en ville en se garant dans le parking le moins cher que l'on trouve (souviens-toi, BestParking).

C’est calme, ça sent bon, c’est mignon comme un film de Woody Allen.

On avait donc opté pour un AirBnb au nord de la ville, dans le quartier d'Hollywood Park. 20 minutes en voiture pour rejoindre Downtown, décoration de goût, et promesse de croiser des biches sur le chemin tous les jours : on n'a pas hésité une seconde.

Nous voilà donc chez Sharon et Chez pour deux nuits, qui seront — vous le verrez — fortes en palpitations.

Comme à notre habitude, nous n'avons pas préparé grand-chose pour notre séjour à San Antonio. De plus, la météo n'est pas vraiment de notre côté. Qu'à cela ne tienne, rien de mieux pour jauger une ville que de s'y balader. Et c'est un euphémisme que de dire que San Antonio est agréable pour cela.

La principale attraction de la ville, c'est son River Walk. 4 kilomètres de voie pédestre qui longent la rivière San Antonio. Le petit truc cool, c'est qu'on peut la rejoindre d'à peu près n'importe où dans le centre-ville.

C'est calme, ça sent bon, c'est mignon comme un film de Woody Allen. Bref : on kiffe. Et autant te dire que pour tout ce qui est becquetance, ils savent y faire les Texans.

Encore une fois, on ne se trouve pas vraiment dans un État vegan-friendly. Ici, la viande est une religion. Et vingt Dieux qu'elle est bien cuisinée. On a encore des souvenirs d'une planche chargée de diverses pièces cuites au barbecue chez County Line qui nous mettent l'eau à la bouche.

Bien que nous soyons arrivés tard en ville, nous avons pu profiter de ses jolies décorations et des lumières splendides qui accompagnent la rivière à la nuit tombée. Pourtant, on avaithâte de découvrir à quoi ça ressemble en pleine journée !

Mais on n'a pas été plus gâtés par la météo.

Such a lonely day

Au deuxième jour, on se réveille avec le bruit de la pluie s'échouant sur le sol. Mauvais signe.

On se motive malgré tout à sortir du lit, et on tombe en pâmoison devant l'étonnant spectacle qui s'offre à nous dans le voisinage.

Des biches. PARTOUT. PARTOUT PARTOUT. Dans le jardin des gens, sur la route. PARTOUT ON TE DIT.

Inconcevable pour nous, chez qui ces animaux sont aussi craintifs que nos parents le soir de notre première boom. On roule au pas, et on mitraille de photos.

Désoeuvrés, on décide de suivre quelqu’un au hasard dans la rue.

Les yeux qui pétillent et le ventre qui grogne, nous regagnons la route pour rejoindre San Antonio.

On nous a bien conseillé de nous rendre à Mission Alamo, rendue célèbre par le siège qui l'assaillit en 1836, lors de la révolution texane. Mais sous la pluie, c'est pas très rigolo. Et pour être très honnête avec toi, ça ne nous passionne pas vraiment.

On continue donc de faire ce qu'on fait de mieux : se perdre dans les rues de la ville. Rues qui nous mènent une nouvelle fois à explorer le River Walk, sur un tronçon que nous n'avions pas visité la veille.

Pas très photogénique, la météo nous pousse à ressortir l'appli GeoCaching afin d'occuper notre après-midi. Après deux tentatives et un bon 3/4 d'heure à fouiller dans des buissons comme des clébards, on lâche l'affaire.

On va pas te mentir, on se fait un peu chier. C'est super joli hein ! Mais la météo nous plombe un peu, et malgré tout, il n'y a pas grand-chose à y faire à San Antonio. D'ailleurs, la ville m'a beaucoup rappelé Annecy dans sa choupitude. Sans son lac et ses montagnes, évidemment.

Désoeuvrés, on décide de suivre quelqu'un au hasard dans la rue pour voir s'il nous emmènerait dans un endroit cool. On l'a appelé Thibaud. Sauf qu'il est vite rentré dans un supermarché. Et on a perdu sa trace. On ferait décidément de piètres détectives privés.

On a retenté l'expérience avec Juanita, mais elle marchait trop lentement et elle a pris un bus. Bref, c'est un échec.

On déambule comme deux pines sur la River Walk, et on se pose finalement au Rainforest Café. On savait pas. On savait pas que c'était une chaîne, que c'était cher, kitsch et un peu gênant. On savait pas, non plus, qu'en commandant un "cocktail à la bière", le barman se ferait pas chier au point de — juste — disposer une Corona tête à l'envers dans nos Margaritas dosées avec le cul.

On déglutit nos breuvages en grimaçant, et on décide d'aller casser la croûte ailleurs. On n'a pas été originaux sur ce coup, puisqu'on a terminé en bouffant des nachos au Hard Rock Cafe d'a côté.

On est plutôt épuisés de cette journée de la lose. Alors on décide de reprendre la voiture et de rentrer tôt pour travailler un peu nos articles.

Et alors là mesdames et messieurs, préparez-vous à un épisode mémorable. Un condensé d'action, de courage et d'humilité.

Pierre qui roule amasse la frousse

Alors que Mélissa tourne la clé dans la serrure, je distingue une forme non loin de son pied, sur la plinthe. Je bloque un peu, puis finalement le constat tombe : c'est une MÉGA ARAIGNÉE SA MÈRE.

J'essaie de garder mon calme (J'ADOOOOOORE LES ARAIGNÉES), et intime à Mélissa de se dépêcher parce qu'une MÉGA ARAIGNÉE SA RACE approche, et que j'aimerais bien être à l'intérieur quand je m'évanouirais.

On entre et on referme la porte fissa derrière nous.

Ouf.

Hauts les coeurs, bats les couilles

On monte les marches à pas feutrés car on pense que tout le monde est déjà couché. Pour ne réveiller personne, on compte sur la lampe torche de nos téléphones pour nous éclairer.

Une fois arrivés à notre étage, quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous sommes tombés nez à nez avec UNE AUTRE MÉGA ARAIGNÉE SA RACE sur le mur.

Autant te dire que, couchés pas couchés, c'était haut les coeurs, bats les couilles. On a foncé en quatrième vitesse dans notre chambre pour se calfeutrer.

Sauf que, sous notre porte, se trouve un jour à peu près aussi épais que le poing du patron de la Fistinière.

Alors on fait des tas de serviettes, on blinde ça sous la porte et on s'assoit sur le lit pour tenter de reprendre nos esprits. D'après les dires de Mélissa, je suis aussi blanc qu'après trois jours de gastro à ce moment-là.

Je panique. Je me dis que, si on en a vu deux en si peu de temps, il y en a d'autres. Qu'il y en a partout. Je me mets à éclairer chaque putain de recoin de la chambre pour m'assurer qu'il n'y a pas de huitième passager dans notre vaisseau. J'envisage sérieusement l'idée d'aller dormir dans la bagnole, en bredouillant "J'peux pas... j'peux pas dormir ici !" à une Mélissa visiblement encore plus inquiète de mon état que de la raison de mon malaise.

Me voyant sur le point de défaillir, Mélissa me dit, pleine de courage et de volonté "Bon, tu veux que j'aille lui niquer sa race ?"

Moi :

Ni une ni deux, elle retrousse ses manches, attrape un filtre à café (pas bien compris pourquoi), des serviettes et chope la poignée de la porte.

Mon coeur bat à 300 à l'heure. J'ai l'impression qu'un monstre va nous sauter à la gueule à l'instant où la porte va s'ouvrir.

Après un rapide coup d'oeil dans le couloir, Mélissa constate que la MÉGA ARAIGNÉE SA MÈRE n'est plus là.

LA BELLE AFFAIRE.

Elle peut être n'importe où maintenant.

Je panique encore plus.

Finalement, on se remet au lit, et je me balance d'avant en arrière comme un traumatisé de guerre, les billes écarquillées comme jamais.

Fait amusant, c'est à ce moment précis qu'on a choisi d'aller se marier à Las Vegas. Cette femme m'aime dans mes moments les plus pitoyables, c'est prodigieux.

Bref, une vingtaine de minutes plus tard, les proprios rentrent à l'appartement (oui, finalement nous étions seuls).

J'entends Sharon dire à son mari, Chez :

— "Mon Dieu mais qu'est-ce que c'est que ça ?! ... mais, c'est un bébé tarentule !

— Mais non chérie, ce n'est p...

— Chez, je te dis que c'est un bébé tarentule ! Fous-moi ça dehors s'il-te plaît"

Moi, à l'évocation du mot "tarentule" :

Les biches c'est mieux

Sans trop savoir pourquoi, tant d'émotions m'ont épuisé. Et je finis par m'endormir comme une daube, ronflant comme jamais, alors que Mélissa — qui était pourtant moins flippée que moi — n'a pratiquement pas fermé l'oeil de la nuit.

Ça tombait assez mal cette histoire. Faut dire qu'on avait besoin de force le lendemain pour s'enquiller les 6h de route pour rejoindre El Paso.

Heureusement, nous avons eu droit à un spectacle d'un tout autre genre lors de notre départ. Une dizaine de biches vadrouillaientautour de Gudule. On a donc chargé la voiture, et avons passé une bonne demi-heure à tenter de les apprivoiser. Mélissa a même pu en nourrir une à même sa main. Un moment magique et suspendu dans le temps, dont nous avons été les seuls témoins.

On ne te racontera pas El Paso non plus. Oui je sais, on commence à redéfinir les règles du jeu. Mais eh, que veux-tu... c'est le nôtre après tout. La raison est simple : nous n'y avons passé qu'une dizaine d'heures, pour nous reposer entre deux sessions de conduite assez longue.

On te retrouve très vite pour notre découverte de Phoenix, un des nombreux joyaux de l'Arizona !

Pierre

 
 

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 Gros coup de coeur pour #SanAntonio, ses biches, ses restos et ses promenades au bord de l'eau !