Le microvoyage à Nantes

Ce matin-là s'annonçait comme particulier pour nous. Cela fait deux semaines déjà que nous avons traîné nos valises à Nantes. Notre nouveau chez nous, notre ville d'adoption. Seulement, on est un brin perfectionnistes (oui, nous aussi ça nous étonne), et on veut à tout prix ¨en finir¨ avec l'aménagement de l'appartement avant de commencer à profiter de la ville. Autrement dit : les deux endroits les plus ¨hype¨ qu'on a fréquentés jusqu'à présent à Nantes sont Ikea et Leroy Merlin.

Tu t'en doutes : il était plus que temps qu'on se sorte les doigts du fondement. Et justement, un alignement d'astres fortuit nous a donné l'occasion de nous bouger un peu.

Ô toi, voyageur de l'extrême, baroudeur en terres inconnues, tu es — nous en sommes sûrs — coutumier de la lecture des guides de voyage Lonely Planet, n'est-ce pas ? Nous aussi ! Et on nous a justement choisi (me demande pas pourquoi, je crois qu'ils se sont trompés de destinataire, chut) pour réaliser un défi en rapport avec leur tout nouveau bouquin : L'art de voyager sans partir loin : 50 microvoyages à expérimenter près de chez soi.

Comme tu le sais si tu as suivi notre story sur Instagram en fin de semaine dernière, nous avions pour mission de réaliser le défi suivant : "touriste dans sa propre ville". Ça tombe plutôt bien : nous venons justement d'emménager à Nantes, et nous ne connaissons aaaaaaaaabsolument pas la ville (nous n'y avons mis les pieds qu'à deux reprises auparavant).

L'heure était venue de se remettre en selle. Arès une année complète à se la jouer sédentaires (oh ça va on avait de très bonnes raisons ok ?), on charge le sac à dos et en avant la compagnie.

Avant-propos : "mais ils font quoi déjà les Pétrin Express ?"

Notre rythme de publication étant au moins aussi médiocre que la côte de popularité de notre cher Président, peut-être ignores-tu tout ou partie de ce que nous faisons depuis notre voyage en Irlande. Fear not, petit être numérique, nous allons tout te résumer sous une forme qui nous est chère. J’ai nommé, le gloubiboulga de mots (en vrai, ce sont des phrases).

Retour des USA > flemme de bosser en entreprise > création de nos autoentreprises > dèche de clients lol > voyage en Irlande > la clientèle commence à arriver, merci à elle > petit road trip en Suisse (promis on t’en parle un jour) > décollage de nos activités respectives à la rentrée > journées entières à travailler sans relâche dans un appartement de 17 mètres carrés > gros gavage de Paris > recherche d’appartement (pire chienlit de l’univers, Mélissa a prévu de vous faire un article là-dessus sur notre expérience en tant que freelance) > achat de Ernest, le sublime van Volkswagen des copains Mélanie et Benjamin (il va très bien ne vous inquiétez pas) > emménagement à Nantes.

Je sais, ça fait beaucoup. Et une question essentielle doit demeurer : pourquoi Nantes ? De notre côté, une réponse évidente s’impose : ¯(ツ)/¯.

Non, on n’y connait personne (si ce n’est Marion de The Travelling Shed et les copains des Freelensers qui sont à 2h de route à peine), et on n’a aucune attache particulière dans l’ouest de la France. Simplement, nous souhaitons rester citadins, mais voulons nous implanter dans une région proche de la mer. Ayant a priori moins le feeling pour Bordeaux (vous fâchez pas, on connaît pas !), c’est donc sur Nantes que notre choix s’est porté.

“Non mais tu te rends pas compte, à Nantes pour le même loyer tu peux avoir une maison de 10 000 m2 avec vue sur New York quoi !”
— Nous-mêmes, dans quelques mois

Nous sommes désormais les heureux locataires d’un grand appartement où, au bas mot, on pourrait faire entrer trois à quatre fois notre cage à poules parisienne. On attend d’ailleurs avec impatience le moment où l’on sera suffisamment provinciaux pour lancer à nos amis de la Capitale "non mais tu te rends pas compte, à Nantes pour le même loyer tu peux avoir une maison de 10 000 m2 avec vue sur New York quoi !.

Échappée nippone en plein coeur de Nantes

Je reprends. Tu comprends un peu mieux maintenant pourquoi, je cite, "ce matin-là s'annonçait comme particulier pour nous". Pour tout dire, on avait un peu peur d’avoir perdu ce truc du voyage. On s’est sentis couillons pendant deux minutes, mais — heureusement — c’est comme le vélo, et ça ne s’oublie pas. C’est donc en chevauchant des vélos moins métaphoriques que nous sommes allés à la rencontre de notre ville, comme de véritables touristes.

Sont pas beaux nos vélos de bobos ?

Sont pas beaux nos vélos de bobos ?

Mais cette fois, on a voulu faire les choses (à peu près) bien. On avait établi un programme. Premier arrêt : le nord de la ville, où se loge au coeur de l’île de Versailles un splendide jardin japonais.

On a de la chance, la météo est clémente. À peine arrivés sur place, on dégaine les appareils photo et on tente de dépoussiérer ce vieil oeil qui n’a pas vu grand-chose d’autre que des pixels au cours des 365 derniers jours.

La photo la plus réussie de la journée. C’est dire.

La photo la plus réussie de la journée. C’est dire.

Disclaimer : on n’est pas du tout content de nos photos. Si le truc du voyage nous est vite revenu, tout notre apprentissage récent des techniques de composition et de maîtrise de l’appareil photo est encore profondément inhumé. Veuillez nos excuser pour la gêne occasionnée.

Le jardin de l’île de Versailles que nous visitons ce matin se targue d’accueillir "plus de 900 000 visiteurs chaque année", nous apprend le magazine municipal reçu quelques jours auparavant. Honnêtement, on comprend vite pourquoi ! Le dépaysement est total, et l’ensemble s’articule autour de La Maison de l’Erdre (du nom de la rivière sur laquelle est juchée l’île), un pavillon de style japonais accueillant des expositions temporaires qui font la joie des groupes scolaires. Nous l’évitons donc soigneusement.

Notre choix de commencer notre parcours par cette échappée nippone était judicieux. Nous avons commencé la journée assez tard, et le parc est assez petit. 1,7 hectare au compteur seulement ! On en fait rapidement le tour (moins, lorsque l’on s’arrête toutes les trois secondes et demie pour prendre le moindre pétale en photo), et on s’arrange pour dégoter une réservation dans l’un des restaurants qui nous fait le plus de l’oeil depuis notre arrivée à Nantes : le By Sainbioz.

Les fameux palets bretons

Allons sentir la street

On nous avait vanté les mérites des burgers végétariens du Sainbioz (ah oui aussi : on a arrêté de manger de la viande depuis décembre !), et on confesse sans mal qu’il tient toutes ses promesses.

Hamburger By Sainbioz

Rafraîchis par une délicieuse petite bière artisanale (on ne va pas devenir moins bobos ici j’en ai bien peur), nous attaquons La Bête. Le pain est formidable. On l’accueille comme un vieil ami. À l’intérieur, le festival : une généreuse burrata se partage la vedette avec une savante alliance houmous et sauce curry. De la verdure parfait le tout, rehaussée de légumes grillés et d’oignons caramélisés. Le quoi ? Le fro... ? AH ! Oui, le fromage bien sûr ! Ici, on a affaire à un duo Comté et cheddar du plus bel effet. On recommande, on labellise, on prône. Mieux ! On prescrit ! Mangez-y. Votre palet le mérite.

Tu sais notre amour inconsidéré des petites sucreries qui viennent apporter la touche finale à un repas déjà trop généreux. Ici, on craque sans regret (les regrets viennent après en général) pour un classique mais fort bien exécuté cheesecake aux fruits rouge et spéculoos. Autant vous dire que l’après-midi va être lourd.

Le passage Pommeraye, galerie commerciale de son état, est aussi particulièrement agréable à regarder.

L’heure est d’ailleurs venue de chevaucher nos montures et de nous enfoncer dans le centre-ville pour sentir la rue. Originaire de Lille, je suis habitué aux centres-ville très condensés, et Nantes m’a paru à mille lieues de cette philosophie urbaniste. Très éclatée, on se surprend à se perdre dans un nombre incalculable de rues. Chacune abrite au moins une enseigne ou troquet qui nous fait marquer notre plan d’une petite coche pour plus tard.

Comme à notre habitude, on se perd dans des papeteries. Mais de notre grand âge ayant acquis une grande sagesse, nous résistons à l’appel des carnets de notes beaucoup trop beaux et reprenons notre route. Rassurez-nous : nous ne sommes pas les seuls à avoir un kink terrible pour les carnets ? Je n’y écris rien, j’en ai quarante à la maison, vierges pour la plupart, mais j’adore ça. Je pense que c’est en réalité plus l’idée de l’objet que sa fonction première qui m’attire. Ouais, on s’en fout hein ?

Mécanique éléphantaire

Nous poursuivons notre descente vers la Loire et ses berges, où sont exposées actuellement des cultures de plantes, fleurs et arbres divers. Une exposition nature assez élémentaire, qui débouche sur une guinguette ma foi fort agréable à deux pas du Maillé-Brézé, un "escorteur d'escadre" amarré à Nantes depuis 1988.

Pas bouleversés par ce spectacle, nous décidons de traverser le pont Anne de Bretagne afin de nous rendre sur l'île de Nantes, berceau des Machines. Si tu n'es pas familier avec la chose, un petit récapitulatif s'impose. Né de l'imagination de François Delarozière et Pierre Orefice au début des années 2000, le projet des Machines s'insère au confluent des voyages de Jules Vernes (auteur nantais !) et des croquis visionnaires de Leonard de Vinci.

Hébergées sous les Nefs Dubigeon en marge des chantiers navals de l'île de Nantes, les Machines sont des créations mécaniques représentant des animaux et manipulées par une troupe de passionnés pour le plus grand plaisir des badauds et touristes. L'éléphant, inauguré en 2008 et devenu depuis un véritable emblème de la ville, permet plusieurs fois par jour à 50 personnes de se mouvoir à la vitesse impressionnante de 3 km/h sur son dos pendant une petite demi-heure.

On triche un peu : on avait déjà visité les Machines de l'île lors de notre première visite à Nantes. Nous avions adoré, mais ne comptions pas refaire l'exposition permanente de la galerie qui donne à voir les fantastiques créations des machinistes. Cette fois, nous nous sommes contentés d'observer la mise en marche de cet éléphant de 12 mètres de haut et 48 tonnes d'acier et de bois.

De l'importance de se remplir le ventre

Lequel des deux a la gueule de bois ?

Cela fait tout de même près de 3 heures que nous n'avons rien avalé. Notre instinct nous somme donc de nous mettre en route vers le Café des Pangolins, un agréable coffee shop dont seul le nom résonnait pour nous comme une invitation.

Une fois un bon cappucino avalé, nous avons rebroussé chemin afin de longer les quais de Loire en direction de la Cantine du Voyage à Nantes. Installée sous un grand chapiteau, elle offre à qui fait le déplacement un espace de jeu pour petits et grands, de larges transats pour profiter d'un bain de soleil et bien entendu moult rafraîchissements alcoolisés ou non.

Comme son nom l'indique, la Cantine sert aussi de la nourriture. Un plat unique sous forme de poulet rôti accompagné de ses pommes de terre au four. On l'a dit plus haut : nous ne mangeons plus de viande. Par chance, une alternative végétarienne nous est proposée, et nous retrouvons alors avec une ratatouille sous le nez.

On va pas te mentir : c'était pas fou. Pour 14€, la formule salade, plat principal et boisson nous paraît un poil chère pour la qualité de ce qui est servi. Qu'importe, on apprécie l'instant et l'endroit, avant de rebrousser calmement chemin en direction de notre appartement.

Pourquoi partir loin quand on peut se la jouer touriste à domicile ?

Au final, cette expérience aura eu au moins deux mérites : nous faire découvrir notre nouvelle ville, et nous conforter dans l'idée qu'il n'y a aucun besoin de faire des kilomètres (et de prendre l'avion...) pour se mettre dans la peau d'un touriste.

En réalité, l'exercice est fascinant. Je ne m'étais jamais posé la question auparavant, mais il m'apparaît désormais clair qu'on ne visite absolument pas une ville de la même façon lorsque l'on y réside ou lorsque l'on y fait du tourisme.

Le petit jeu de rôle proposé par Lonely Planet nous a offert un joli moment d'évasion dans un rayon de 5 kilomètres autour de notre appartement, et a surtout ravivé la vacillante flamme du voyage en nous. Suffisant pour nous remettre sur les rails du blog ? Ma foi, je viens juste d'écrire un article non ?

Et si vous vous lanciez un défi en mode microvoyage ?

Et si vous vous lanciez un défi en mode microvoyage ?

Pierre

 
 

Tu es sur Pinterest toi aussi ?
Épingle-nous avec amour !

 
 
Nantes-microvoyage-pinterest