Los Angeles est un mensonge

Le coeur bien lourd de devoir — déjà — quitter San Diego, nous empruntons la route direction Los Angeles. La deuxième ville des États-Unis se dresse sur notre route telle un comédon rougeoyant sur un front adolescent : impossible de passer à côté.

La cité des anges portait en elle bien des promesses. Celle de retrouver les parents de Mélissa, déjà, et celle d'y fêter mon 25e anniversaire. Avouez que célébrer son quart de siècle à Los Angeles, ça rock la casbah.

Nous y resterons six jours. Suffisant, selon nous, pour ne pas se lasser, et pour faire rapidement le tour des attractions de la ville. Pour ce faire, nous avons jeté notre dévolu sur un coquet Airbnb dans les falaises d'Altadena, au nord-est de la ville de Kim et Kanye.

Requiem pour Gudule

Avant de profiter à proprement parler de Los Angeles, nous passons une nuit non loin de Torrance avec les parents de Mélissa. Petits cachottiers, ceux-ci m'avaient ramené une surprise pour mon anniversaire : un nouveau sac à dos ! Parfait pour y ranger notre matériel photo.

Merde, pourquoi on l’a appelé comme ça, déjà ?

Malgré la joyeuse soirée que nous avons passée, le lendemain s'annonce moins heureux. Nous avons, certes, raccompagné la belle famille à l'aéroport, mais nous avons surtout dû faire nos adieux à notre chère Gudule, qui nous accompagne maintenant depuis La Nouvelle-Orléans !

La raison est simple : qui dit 25 ans, dit n'a plus de surcharge pour jeune conducteur. Dit donc des frais de location réduits de moitié.

Pas le choix, donc, que de rendre notre destrier pour en louer un nouveau. Conscients, par ailleurs, que la suite du parcours serait bien plus bucolique que ne l'ont été ces deux mois, nous optons pour un modèle plus haut sur pattes. Une Chevrolet Equinoxe, que nous baptisons Goethe. Pour son côté ... merde, pourquoi on l'a appelé comme ça, déjà ? ¯\_(ツ)_/¯

Bref, nous dominons le bitume, et pouvons désormais rivaliser de vrombissements avec les innombrables pick-up qui parcourent les échangeurs tentaculaires de Los Angeles.

Barbès made in L.A

Niveau tarif, c’est à peu près l’équivalent parking de la pinte de Kronenbourg à 10€.

Réglés ces détails automobiles, nous pouvons enfin rallier Altadena pour rencontrer nos hôtes de la semaine : Dana (décidément) et Austin. Un logement charmant, niché dans les reliefs imposants de la forêt nationale d'Angeles.

Mais pas le temps de traîner ; on a du pain sur la planche pour tenir le planning. Mélissa s'est réservé la journée de demain pour me faire une surprise d'anniversaire. Aujourd'hui, on part donc à la découverte des environs d'Hollywood.

À peine Goethe stationné (niveau tarif, c'est à peu près l'équivalent parking de la pinte de Kronenbourg à 10€), nous nous jetons sur le Groundwork Coffee Company pour satisfaire à un besoin de longue date : des toasts à l'avocat. Tout est fait pour répondre à nos attentes. Le café de hipster californien, la musique qui sent le soleil, et la bouffe healthy qui va bien.

On reprend la route, et nous dirigeons vers le fameux Hollywood Boulevard.

On remonte alors dans le dramaturge allemand qui nous sert de véhicule.

Bon. Je vais pas épiloguer. Pour te résumer grossièrement le machin : c'est Barbès, mais sous 20°. Des vendeurs à la sauvette tous les trois mètres, des boutiques de souvenirs qui dégueulent toutes les mêmes conneries made in China, et surtout des tonnes de touristes blasés.

On s'amuse vaguement de trouver une étoile au nom de l'une de nos idoles, puis on s'écarte rapidement de l'artère pour explorer les environs au charme aléatoire.

Le soleil commence à faiblir. On remonte alors dans le dramaturge allemand qui nous sert de véhicule, et on file se promener le long de Manhattan Beach.

 Los Angeles Manhattan Beach

À la base, le projet était simple : manger des sushis. On aime bien les sushis. Ça a l'avantage d'être roboratif, peu cher, et bon, pour ne rien gâcher. Eh bien là c'était tout pareil, sauf pour le côté roboratif et peu cher. En fait, on s'est rendu compte qu'on avait foutu les pieds, sans le savoir, dans un restaurant assez huppé de Los Angeles.

On a déjà tiré une gueule de six pieds de long quand le serveur nous a tendu la carte, au vu des prix. Mais je pense que la décomposition faciale qui nous a touchés quand on a vu les assiettes arriver nous aurait valu un Oscar.

Pour 25$, nous avons donc eu droit à quatre sushis. Ah ça oui, ils étaient élaborés. Colorés, goûteux, tout ce que tu veux. Mais vingt dieux, ça nourrit pas un homme ça, dis.

On décline poliment quand le serveur nous demande ce que nous prendrons ensuite (donc oui, c'était définitivement une entrée), et on se retrouve dehors à errer comme deux âmes en peine dans cette station balnéaire aux allures de ville fantôme.

On fait deux fois le tour du pâté de maisons, et on termine les miches vissées dans un restaurant anglais à s'engouffrer un fish and chips aussi savoureux que généreux. Après tout, on ne s'étonne plus de nos fails. On encaisse et on passe à autre chose.

Putain, 25 ans

C'est le jour J. J'ai 25 balais. Pas que ça me perturbe particulièrement, mais ... merde quoi. Le truc bien, c'est qu'aujourd'hui je me laisse porter par Mélissa, qui a visiblement tout prévu.

On traîne un peu pour se préparer, et on file dans le centre-ville de Los Angeles. On trouve, par un miracle que je ne m'explique pas, une place près de Pershing Square, et on marche quelques minutes pour ma première surprise de la journée : une virée dans la plus grande librairie / disquaire de Californie. Le bien nommé The Last Bookstore.

 The Last Bookstore Los Angeles

Elle me connaît si bien. Même si je n'y achète rien, j'adore me perdre parmi les allées ordonnées d'une librairie. Je trouve ces endroits reposants, studieux. Ce sont mes sanctuaires, mes safe places. Celui-ci ne fait pas exception. On y reste plus de deux heures. Il faut dire qu'il y a de quoi faire, avec ses nombreux étages et ses différents espaces de lecture.

Mais en attendant, nous allons bosser notre lever de coude.

Au final, on repart avec un joli album photo adapté aux polaroïds, et on se dirige vers la partie deux de ma journée d'anniversaire.

J'ignore totalement dans quoi m'embarque Mélissa, si ce n'est que c'est situé à quelques encablures du libraire. Après quelques errances, et de nombreux doutes d'itinéraires (l'orientation, c'est pas trop son dada), on se retrouve devant l'un des bâtiments les plus majestueux de Los Angeles : le Walt Disney Concert Hall.

Il s'avère qu'aussi impressionnant soit le building, il était fermé ce soir-là. COMME DE PAR HASARD. Mais ce n'est pas bien grave. C'est surtout l'architecture de l'endroit qui a retenu notre attention, avec ses formes improbables et ses courbes étonnantes.

Finalement, on est un peu en avance sur le planning. Je suppute que Mélissa a réservé une bonne table pour ce soir. Mais en attendant, nous allons bosser notre lever de coude au Bernadette's Bar. Notre alcoolémie en sortant de là nous fait dire que la sélection de bières était raisonnablement délicieuse.

L'heure sonne, il faut se bouger au restaurant. Je n'ai toujours aucune idée de l'endroit où nous allons. Heureusement (vu qu'on titube), on n'est pas loin. On s'engouffre dans un hall d'immeuble, et un grand type en cape avec un chapeau de groom genre Spirou nous appelle l'ascenseur. Direction le septième étage, et son fameux restaurant The Perch.

Mélissa a vu les choses en grand. Restaurant haut perché, table en terrasse et vue sur le Pershing Square et le tout Los Angeles. Ça envoie sévère. D'ailleurs, elle m'avoue que pour choisir l'endroit idéal, elle a échangé longuement avec Kirsten, l'hôte de notre AirBnb à New York ! Elle s'est mise en quatre, et ça change tout, comme dit Ducroc.

Un formidable repas, une paire de chaussettes corgi, et une place pour Steven Wilson à l'Olympia plus tard, je peux dire sans me brûler que j'ai passé un putain de 25e anniversaire.

Parce que je le vaux bien

J’ai à ma disposition une sacrée touffe avec laquelle je n’arrive à rien.

Je t'ai déjà parlé de mon rapport aux cheveux ? C'est amusant, tu vas voir. Il faut savoir que j'ai en sainte horreur de me balader dans le monde extérieur si je ne suis pas coiffé. Et autant te dire qu'après deux mois de voyage, j'ai à ma disposition une sacrée touffe avec laquelle je n'arrive à rien.

 Puisqu'on parle de coiffure et de bon goût

Puisqu'on parle de coiffure et de bon goût

L'heure est venue d'aller me faire tondre. Un grand moment, encore. Il s'avère que je tombe sur une offre pas dégueu sur Groupon. Un coiffeur assez cool sur Hollywood, qui prend pour pas cher, et même le dimanche. Emballé c'est pesé, j'ai rendez-vous dans l'après-midi.

Le hic, c'est que quand je me pointe devant le boui-boui, je ne trouve aucune enseigne qui porte le nom du salon dans lequel j'ai réservé. Il y a bien un salon en lieu et place, attention. Mais je sens venir la couille à trois kilomètres.

Animé par une seule coiffeuse qui doit tromper l'ennui en scrollant frénétiquement sur Facebook, j'entre timidement et montre à mon interlocutrice ma réservation. Elle m'explique que cela fait plus d'un an que le salon ne s'appelle plus comme ça, et qu'ils ont totalement arrêté de fonctionner sur Groupon.

Well, well, well. J'essaie de négocier avec elle : si elle accepte de me coiffer pour le même tarif, je reste ici (en vrai j'ai aucune envie de perdre ma journée à courir après un coiffeur fictif). Son salon est vide de toute façon. Elle accepte, et on taille la bavette pendant 20 minutes, pendant qu'elle me rafraîchit le mulet.

Fascinée par notre histoire, elle nous suit sur Instagram. Au final, le travail est un peu bâclé, mais je peux retrouver toute mon aisance capillaire au jour le jour.

Une B.A à L.A

Il ne nous reste plus que trois jours à passer à Los Angeles. Il était plus que temps que nous allions voguer du côté de Venice !  En sortant de chez Dana, ce matin-là, il nous est arrivé un truc un peu spécial. On s'est retrouvé nez à nez avec un couple, visiblement assez tendu. On passe notre chemin mais la nana nous alpague et nous demande si on peut emmener son mec en centre-ville, pour qu'il ne rate pas un rendez-vous médical important.

Venice Beach, aka l’image d’Épinal de Los Angeles

Ma foi, c'est sur notre route. On embarque alors avec le gars Éric, que nous déposerons à quelques kilomètres de Venice. Sur la route, il nous explique qu'il est en plein déménagement, et qu'il vient de se faire annuler un Airbnb à la dernière minute — le laissant dans une belle merde.

Volubile, il nous explique qu'il est développeur Web, et qu'il a grandi à Seattle. En apprenant que l'on termine notre road trip dans la Rainy City, il nous donne plein de conseils et d'endroits à visiter.

Une fois le colis déposé, et notre bonne action du jour effectuée, on arrive enfin à Venice Beach, aka l'image d'Épinal de Los Angeles (en ce qui me concerne).

On passe deux bonnes heures à observer les occupants du skatepark. Une fascination, mêlée d'incrédulité, surtout lorsqu'un gamin de 10 ans à peine arrive dans la place, check absolument tout le monde, et se met à enchaîner des tricks que j'arrivais même pas à faire sur Tony Hawk Pro Skater.

Passage obligé pour une virée à Venice : les canaux. Un véritable havre de paix (en tout cas quand on y était), qui entretiennent irrémédiablement une certaine forme de jalousie à l'égard des personnes y résidant.

On décide de pousser davantage, et on se retrouve une nouvelle fois dans un café de hipster : l'Intelligentsia d'Abbot Kinney Boulevard. Mais comme on est des sacs à sucre, on a enchaîne direct avec un sundae au Salt & Straw.

On regrette; on a la gerbe, à s'être gavés comme des outres, et on entame une marche de la honte pour retrouver Goethe aux abords de la plage.

À ce moment-là, le soleil commence à se coucher. Nous sommes alors témoins de l'un des plus beaux sunsets jamais observés. Un de ceux que seule la Californie peut offrir.

Tremper l'ennui

Tu le sais sans doute, si tu as lu notre article sur Périple, mais Los Angeles, c'est aussi et surtout l'un de nos plus gros fails aux États-Unis. Enfin, un fail pas vraiment. Faut dire qu'on n'avait pas réellement d'emprise là-dessus.

Pour t’expliquer succinctement les choses : on s’est fait chier.

Si tu as suivi l'actualité cet hiver, tu as sans doute entendu parler des crues qui ont causé pertes et tracas en Californie. Après les incendies ravageurs quelques mois plus tôt, tu dois te dire que, décidément, les Californiens n'ont pas de bol.

Tu ne crois pas si bien dire. En réalité, il est tombé l'équivalent de deux ans de pluie en deux jours. Et devine donc qui se trouvait justement à Los Angeles à ce moment-là ?

Je ne vais pas répéter ce que j'ai déjà écrit sur Périple, et me limiterais donc à un vague résumé sous forme de nuage de mots.

Dodo, averse, coup de vent, porte qui claque, réveil en sursaut,  saut hors du lit, porte qui claque avec pouce dans la charnière, hurlement, "putain de sa mère quel gros con !", pouce enfoncé dans un verre à whisky rempli ras la gueule de glaçons, pluie intense, route glissante, impossible de sortir, journée passée à regarder les Kardashian, déjeuner à 18h, tatouage.

Kill me please

Pour t'expliquer succinctement les choses : on s'est fait chier. Atrocement. On a perdu une journée et demie à ne rien pouvoir faire d'autre que de glander dans notre lit, ou faire des tours en voiture. Mais tu sais bien qu'il ne faut pas nous laisser nous emmerder nous, c'est dangereux.

Et comme on avait dans l'idée depuis longtemps de se faire tatouer aux États-Unis, on a enfin eu le temps d'écumer Pinterest pour trouver des dessins qui nous plaisaient. On a eu amplement le temps de trouver un salon de confiance aussi. Alors on a profité d'une vague éclaircie pour enfiler nos ponchos et foncer à Hollywood pour se renseigner auprès dudit tatoueur.

Le truc, c'est qu'on s'attendait pas du tout à être pris en charge aussi vite. 10 minutes plus tard, on était sur le billard. Et encore 5 minutes après, c'était torché. Enfin c'est pas plus mal, on aurait stressé plus que de raison si on avait dû attendre le lendemain.

Gris Fit

Nous terminons notre visite de Los Angeles par un autre immanquable : l'observatoire Griffith.

Le Griffith Park est l'un des plus grands espaces verts urbains des États-Unis. En réalité, sa superficie dépasse même — et de loin — celle de Central Park à New York !

Situé dans les hauteurs de la ville, à 300 mètres d'altitude, l'observatoire offre l'un des panoramas les plus majestueux que l'on peut espérer avoir sur la baie de Los Angeles. On s'y rend en fin d'après-midi. Histoire d'être bien sûrs de se frotter à la plus grande masse de touristes possible. On aime le contact.

Dans la montée, on s'est bien entendu perdus. Une écartade heureuse, car elle nous a permis de croiser la route de quelques coyotes qui ont pris la pose pour nous, mais qu'on te montrera pas parce qu'on est méchants.

La finalité de cette balade est bien entendu d'oublier les deux derniers jours, en se gravant la rétine de l'image d'un coucher de soleil inoubliable. Mission accomplie, je crois.

Sainte Barbe

C'est pas tout ça, mais il faut qu'on reprenne la route nous. Malheureusement les derniers jours ont été marqués par une météo affreuse, nous faisant amèrement regretter San Diego. D'après nos plans, la prochaine étape est censée être Santa Barbara. Mais si tu as suivi l'actualité — encore une fois —, tu sais sans doute mieux que nous ce qu'il s'est passé à Santa Barbara durant les deux derniers jours.

Pour la faire courte, les crues ont déclenché des coulées de boues très dangereuses dans la région. Les autorités ont lancé un appel à l'évacuation, qui n'a été suivi que par 15% des habitants de Santa Barbara. 17 personnes ont perdu la vie à cause des pluies.

Autant dire que c'était pas forcément le meilleur moment pour profiter des délices de la station balnéaire. On a décidé de changer notre planning, de passer la nuit bien plus au sud de la ville, et de refaire notre tambouille pour la suite de l'aventure.

Il est temps pour nous de dévier de notre parcours

Le constat est sans appel : on en a marre des villes. Los Angeles, c'était sympa mais ça ne nous laissera pas de marques indélébiles. Beaucoup trop vaste, trop étendue, j'ai l'impression de n'avoir pas "vu" Los Angeles.

À vrai dire, c'est quoi, L.A ? Le centre-ville ? Hollywood ? Venice ? Je n'ai, en réalité, discerné aucune espèce de cohésion là-dedans.

La deuxième ville des États-Unis ne ressemble à rien, et ne cherche pas à ressembler à quoi que ce soit. À l'instar de Las Vegas, je ne pense pas que nous y retournerons.

C'est indéniable : on a choppé le virus des grands espaces. Il est temps pour nous de dévier de notre parcours, et de privilégier les parcs nationaux, et la traversée d'États moins connus, et plus paumés surtout.

Et quoi de mieux pour commencer ce nouveau parcours, que d'aller observer les géants centenaires du Sequoia National Park ? Je te le demande, Billy.

Mais il te faudra attendre encore un peu pour découvrir nos pérégrinations champêtres, puisque la prochaine fois, on t'emmène à San Francisco ! Tu y découvriras que, définitivement, on en a marre des villes.

Je te préviens, ça va être un défilé de mauvaise foi.

Bisous quand même.

Pierre

 
 

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 Los Angeles : 5 jours dans la ville des anges