La dinde farcie de Washington D.C

Washington, plus communément appelée DC par les Américains, est une ville charmante qui se visite très bien en un week-end.

Nous y sommes restés quatre jours.

Voici notre histoire.

Fraîchement débarqués d'un Megabus nous ayant permis le transfert depuis Philadelphie, nous entamons notre séjour par un MacDonald's des familles. C'est notre premier depuis qu'on a mis les pieds aux États-Unis, t'as pas le droit de juger !

Contrairement à Philly et son système de transports urbains d'un autre âge, la capitale administrative du pays dispose d'un réseau de métros et de bus super bien foutu. Le hic, c'est que ça coûte une couille. Compte au minimum 2$ pour à peu près n'importe quel trajet. Ça pique.

N'en déplaise, on arrive sans mal à trouver le chemin de notre hôte, Caitlin, qui réside dans la banlieue ouest de la ville, à Arlington, Virginie. À notre grande surprise, nous allons loger dans un appartement situé dans un hôtel assez luxueux. On ignorait même que la pratique existait. Bref, autant te dire que le confort était au rendez-vous. En plus, il y a des chats. Deux chats, pour être exact. On n’a jamais eu la chance de demander leur nom à Caitlin, qui s'est vite absentée pour passer le week-end de Thanksgiving avec sa famille. Du coup, on les a baptisés Boulette et Croquette.

De l'importance de l'oisiveté

2158 litres de peinture sont nécessaires pour recouvrir la Maison-Blanche. Tu souhaites la visiter ? C'est possible. Mais il faut demander une autorisation au Consulat de France !

À ce moment-là, ça fait exactement 10 jours qu'on crapahute, sac sur le dos, appareil photo en bandoulière, et pansements anti-ampoules aux pieds. Je regarde Mélissa, elle me regarde. On se regarde. Oui, aujourd'hui on va glander.

Tu t'en fous sans doute, mais c'était bien. Aussi excitante soit l'idée du voyage et de la découverte perpétuelle, il est important de savoir s'avachir comme un gros sac sur un canapé beaucoup trop moelleux pour être honnête, et de déguster un pot de glace énorme en regardant des dessins animés.

Gras, mais reposés, coupables, mais apaisés, nous partons nous coucher avec un entrain neuf pour découvrir, enfin, à quoi ressemble Washington D.C.

Blanches façades

C'est que, contrairement à New York, on a un peu de mal à s'imaginer. On connaît tous par coeur le Capitole, le Washington Monument et la Maison-Blanche, qui abrite désormais l'affreux personnage orange à moumoute (Coucou le FBI, si vous passez par là, c'est une blague hein, nous renvoyez pas chez nous !). Mais en dehors du National Mall, ça ressemble à quoi D.C ?

Eh bien laisse-moi te dire que c'est turbo choupi. Surtout le quartier de Georgetown, situé au nord-ouest de la ville. Très universitaire, ce quartier abrite quantité de boutiques de luxe et de restaurants chics et huppés, comme on disait en 1980. Nous on opterait plutôt pour chers et hipster, chacun son école.

Le fait est que, même sans dépenser un sou, se promener à Georgetown lors d'une fin de journée d'automne est à la balade ce que l'ananas est à la pizza : indispensable (je te vois lever un sourcil. Figure-toi que selon un sondage mené par nous-mêmes en festival sur des gens ivres morts, davantage de personnes préfèrent la pizza-ananas à la pizza aux anchois. RÉP À ÇA).

On ne le savait pas, mais le quartier abrite également l'un des lieux de tournage du film l'Exorciste de William Friedkin : les fameux escaliers qu'emprunte le Père Damien Karras. Je n'ai aucun souvenir de la scène, mais ça a pas l'air rigolo. Toujours est-il que l'endroit est très prisé ces "gens-qui-font-du-sport", qui s'adonnent à la cocasse activité de les monter, puis de les descendre, puis de les remonter, puis de les redescendre. Hypnotique.

Malgré le fait que tous les musées de D.C soient gratuits, on a pas vraiment eu l'envie de s'y aventurer. On garde ça pour une prochaine visite. C'est qu'on un peu eu notre dose avec nos précédentes étapes. On a juste envie de parcourir la ville et de se reposer un peu.

Et la capitale est parfaite pour ça ! Durant notre séjour, pas d'effervescence ; des rues calmes et une atmosphère paisible, même près des lieux d'intérêts comme le Lincoln Memorial.

 

D.C comique

Tu sais aussi bien que nous qu'on est des ventres sur pattes. Ehbien figure-toi qu'on a fait dans le sobre et le distingué lors de notre séjour. Pour dire vrai, tout a été plutôt frugal. Mais on a craqué. Oui ... on a mangé français. UNE FOIS, ÇA VA. La quiche servie par Le Bon Café (qui diffusait ce que la variété française a fait de pire) était fameuse.

On a aussi englouti un brownie chez Baked and Wired, dans le quartier de Georgetown duquel je te parlais tout à l'heure. Honnêtement, ça m'aurait pas étonné de trouver la même chose au rayon plâtres et enduits de ton magasin de bricolage préféré. Le machin était épais comme un pneu, et fourré à la pâte à tartiner. On est pas très fiers de nous sur ce coup-là.

Finalement, plus que la découverte de Washington, notre séjour aura été l'une des aventures humaines les plus intenses de notre parcours (pour l'instant !). Viens, faut qu'on t'explique nos derniers jours.

Boule de poils

On se lève un matin et on réalise que le lendemain, c'est Thanksgiving. Tu sais, la fête pas loin d'être la plus importante chez les Américains ?

Avant même notre départ, on s'était dit que ça serait quand même ultra stylé de fêter ça avec des locaux. Après tout, si on est partis, c'est aussi et surtout pour être au contact de l'autre.

Je dégaine mon téléphone, lance Couchsurfing, et je vois plusieurs événements "Thanksgiving party" s'afficher devant moi. Je clique sur le premier, nous inscris, et croise les doigts. Quelques heures plus tard, Abdoulaye nous répond par la positive et m'exprime sa joie de nous rencontrer. Nous avons rendez-vous le lendemain à 18h, à deux arrêts de métro-trop-cher pour déguster de la dinde.

Ravis, bien qu'un peu angoissés à l'idée de se retrouver à une fête de 15 personnes qu'on ne connaît absolument pas, on part déjeuner. Sauf que. Sauf qu'on a été de vilains garnements.

Oui bonjour je suis un gros abruti lol

Tu te souviens, Boulette et Croquette ? Eh bien il s'avère que, lorsque Caitlin a quitté l'appartement pour rendre visite à sa famille, elle a enfermé ses chats dans sa chambre pour le week-end. Imagine notre déception ! On avait là deux formidables bêtes à poil à disposition pour nos papouilles, et on nous les a enlevés. On a donc opté pour un compromis : les faire sortir en loucedé quand on était là, et les ranger dans la piaule de Caitlin quand on est de sortie.

Tout se passait bien. Jusqu'au jour où Boulette demeurait introuvable. On l'a cherché pendant une bonne heure ; retourné tout l'appartement. On s'imaginait déjà devoir retrouver un chat identique pour donner le change à sa soudaine disparition. Épuisés et affamés, on se dit qu'il n'a pas pu raisonnablement s'enfuir, vu qu'on n’avait ouvert ni porte ni fenêtre. On part déjeuner, la boule au ventre.

Tu t'en doutes, ce gros sac était là à notre retour, à se prélasser sur le sol en attendant des mamours. On a jamais su où il s'était caché, mais ça nous a enlevé un sacré poids.

Melting pot autour d'une volaille

Je crois qu'on n’avait pas mesuré à sa juste importance la fête de Thanksgiving pour les Américains. Ici, ça déconne zéro avec les jours fériés. Pas étonnant que la fête ne s'importe pas dans l'Hexagone ; Pierre Gattaz ferait une syncope.

Se promener dans les rues le 23 novembre, c'est se retrouver face à une ville morte, désertique. Tout juste entendions-nous quelques rires s'échapper des maisons qui bordaient notre route.

Plus que quelques heures avant le repas. On ne sait pas du tout à quoi s'attendre. On file au Whole Food se procurer une bouteille de vin, de la purée de patates douces, et une tarte à la myrtille — hors de question d'arriver les mains vides ! Déjà que pour la dinde, c'est Abdoul qui régale.

Arrivés dans l'immeuble de notre hôte, on emprunte l'ascenseur antédiluvien qui nous mène au huitième étage où réside Abdoulaye. Nous avons d'ailleurs la surprise de tomber sur lui à la sortie du vétuste appareil ascensionnel. Il parle français. Genre, très bien. "C'est au fond à droite", nous indique-t-il dans la langue de Molière.

N’ayant pas les moyens de voyager avec sa fille de quatorze ans, il héberge des personnes du monde entier  afin de faire entrer un peu de leur culture dans sa vie.

Du bruit s'échappe de la dernière porte du couloir. On entre, penauds. Une petite dizaine de personnes est déjà là, à proximité du pantagruélique buffet qui nous régalera toute la soirée. Jasmine a l'air de prendre les choses en main. Il s'avèreque cette jeune berlinoise est actuellement en couchsurfing chez Abdoul, et que c'est elle qui l'a encouragé à organiser cette soirée ! On comprend mieux son implication.

La porte de notre hôte restera ouverte toute la soirée, laissant entrer une autre bonne dizaine d'invités au fil du temps. Figure-toi que deux Français étaient même de la partie. Ils s'appellent Ludovic et Michael. Originaires de la région lyonnaise, ces amis d'enfance ont plié bagage sur un coup de tête il y a huit mois pour aller travailler en Martinique. Leur aventure tropicale touchant à sa fin, ils ont décidé de parcourir les États-Unis pendant deux mois. Fraîchement débarqués de Boston, la soirée était également leur première expérience Couchsurfing.

Malgré la proximité du langage, nous profitons chacun de la soirée pour discuter avec les autres invités, anglophones cette fois. On en repartira avec une nouvelle étape sur notre parcours, Sedona, située entre Phoenix et Flagstaff ; une méthode pour filtrer de la vodka bas de gamme pour la rendre premium, et une invitation à loger chez la famille de Dennis, 43 ans, lors de notre passage à San Diego en janvier.

Ce dernier nous a presque arraché une larme, lorsqu'il nous a expliqué pourquoi il était sur Couchsurfing. N'ayant pas les moyens de voyager avec sa fille de quatorze ans, il héberge des personnes du monde entier  afin de faire entrer un peu de leur culture dans sa vie.

 

It's a small world 🎵

Restait à élucider un mystère : pourquoi diable Abdoulaye parle-t-il si bien français ? Nous aurons la réponse de la part de sa maman, également présente à la soirée. Tous deux sont originaires du Mali, et vivent aux États-Unis depuis 2001. Elle enseigne le français à Washington D.C, et Abdoul gère le parc informatique de la société qui l'emploie. Un métier qui l'a poussé à voyager un petit peu, et notamment à passer deux ans à Paris, où il a pu parfaire son expérience de la langue.

Il faudrait aussi qu'on te parle de Annia. Une Ukrainienne d'origine, qui rédige actuellement une thèse sur les Indiens d'Amérique dans une université de Mexico.Kamoulox. Elle couchsurf à D.C ces jours-ci pour parcourir les bibliothèques. On échangera longuement sur les préjugés que l'on peut avoir sur les Américains, puis sur les Français. Sache que, de l'étranger, nous sommes assez mal vus. Mais je pense qu'on ne t’apprend rien.

Le Français est fier et pédant. Il sait. Il enseigne. Il a un avis à donner sur tout, et surtout ne fait aucun effort pour s'adapter aux cultures locales. On a bien essayé de défendre la cause, mais il faut bien admettre qu'elle a un peu raison.

Fais-toi une raison, et essaie un peu d’apprendre des autres.

Un Allemand avec qui j'ai discuté (et dont j'ai totalement oublié le nom ; m'en veux pas, je t'enverrai quand même les photos de la Nouvelle-Orléans que je t'ai promises !) ajouta que c'est surtout le cas pour les Français qui ne foutent jamais un pied hors de l'Hexagone. Impossible de savoir si cette remarque était sincère, où si elle n'était là que pour ne pas éveiller l'une des autres spécialités françaises : la susceptibilité.

C'est pas bien mon habitude, mais il me faut terminer cet article en forme de petite morale. Ou plutôt non, d'encouragement. Je crois que plus que la découverte de villes que l'on a tant rêvées et fantasmées, le coeur de notre voyage se trouve dans notre rapport à l'autre ; dans l'échange. Cela fait trois semaines que nous sommes ici, et les meilleurs souvenirs que j'ai sont la soirée à déguster du vin en compagnie de Kirsten, et le repas de Thanksgiving.

Je te dis pas que c'est naze d'être fier de son pays, et que le gazon est plus vert ailleurs. C'est faux. Chacun trouvera le bonheur où il le cherche. Mais selon moi la plus grosse erreur que tu puisses faire est de te fermer aux autres et de te reclure dans tes certitudes. Tu ne sais rien (Jean-Neige), et tu ne sauras jamais rien. Fais-toi une raison, et essaie d'apprendre des autres. Parce que plus qu'en leur faisant la leçon de manière professorale, c'est comme ça que les autres apprendront de toi.

 Pedro les bons tuyaux

Pedro les bons tuyaux

Pierre

 
 

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