Les plaques fumantes de New York City

Nous y voilà. L’Amérique. Après des mois de préparation (à l’arrache, comme d’habitude, tu nous connais), et 7h d’avion, nous nous présentons tremblants devant l’agent des douanes. Tu sais, ce monsieur patibulaire qui peut, s’il en a l’envie, ruiner totalement notre projet de road trip.

On nous a mis une pression formidable sur cet exercice. « Dites ça », « ne dites surtout pas ça ! », « ne leur faites pas de blagues ». Pourtant le nôtre n’avait rien de l’aigle duquel il ne faut pas croiser le regard. Il s’est même intéressé à notre itinéraire et nous a indiqué quelles villes de notre parcours il préférait. Bref, en 10 minutes c’était torché.

Nous voilà donc dans un taxi jaune, direction Astoria, dans le Queens.

C’est Astoria qu’on arrive ?

On est vendredi soir, et notre hôte Kirsten s’apprête à rejoindre des amis. Elle a néanmoins tenu à nous accueillir en bonne et due forme. Et à se vanter d’avoir su réparer une fuite d’eau dans sa salle de bain le matin même. Oui, Kirsten est volubile et c’est exactement ce qu’il nous faut pour décrasser notre anglais.

Nous voilà donc à New York. La ville qui ne dort jamais. Eh bien tant mieux pour elle, mais nous on est sur les rotules. Pour ce soir, on ira zouker dans les bras de Morphée.

Plutôt cool le Airbnb pour la semaine, non ?

« Non mais t’inquiètes, le décalage horaire tu le sentiras pas »Mélissa, 2017

Ça, c’est moi à 4h30 du matin. J’ai bien tenté de me rendormir en comptant les Mississippi, ne serait-ce que pour la marmotte qui ronfle à côté de moi (JE NE RONFLE PAS !), mais à 7h je craque. Je réveille Mélissa d’un geste du coude : « On y va ? ».

La classe américaine

La première balade dans une rue américaine a été une expérience unique pour moi. Peut-être parce que je suis biberonné aux films et séries que produit à la chaîne le pays de Mickey depuis ma plus tendre enfance ? Mais voir ces rues très larges, cette signalétique si particulière, ses Diners à chaque coin de rue, ça m’a foutu la claque que j’attendais.

Bordel, je suis aux États-Unis.

Et encore, ça, c’était que sur les 20 premiers mètres de notre parcours hein. Tu veux même pas savoir à quoi ressemblait mon électrocardiogramme quand on a mis les pieds à Manhattan. On en reste un peu con à chaque fois qu’on lève les yeux. Je me sens comme protégé par ces colonnes d’acier et de verre qui nous entourent. La ville fourmille et fume par les plaques d’égout. Chaque coin de rue est un décor de film que je me suis imaginé mille fois. Que j’ai VU mille fois, même ! Je jubile.

LE SAVIEZ-TU ?

Si de la fumée s’échappe régulièrement des plaques d’égouts dans les villes américaines, c’est à cause de la condensation. En effet les égouts sont parcourus par un immense réseau de tuyaux de vapeur, chargé de chauffer tout un tas de bâtiments.

Enfin va bien falloir se bouger quand même. Parce que de passer son temps à fixer les gratte-ciel c’est non seulement dangereux pour traverser la route, mais ça fait mal au cou. Et t’as l’air d’un gland, accessoirement. Mais surtout, on est là que 6 jours, et on sait déjà qu’on ne pourra pas tout faire, donc priorisons les visites.

On a opté pour le fameux CityPASS, qui te permet contre 115 billets (de 1$ t’affoles pas) de profiter de 6 attractions incontournables de la ville : Empire State Building (de jour ET de nuit), Musée Metropolitan, Musée du 9/11, Musée d’Histoire Naturelle, Musée Guggenheim ou Observatoire Top of The Rocks (au sommet du Rockefeller Center) ainsi qu’une croisière sur l’Hudson pour aller reluquer sous la jupe de la Statue de la Liberté. C’est très largement rentabilisé, et ça te permet de faire le tour des must see de la ville.

Pour le coup, on s’attendait à une tétrachiée de touristes à chaque guichet. Je veux dire, c’est New York quoi. Eh bien que nenni. Même pas une micro file d’attente pour l’Empire State Building ! Et on a fait ça en plein milieu d’après-midi. Il faut croire que novembre est le mois parfait pour profiter des attractions de la ville (on a eu que du beau temps, merci de t’en inquiéter, mais j’ai eu un peu froid à la truffe quand même).

 

S’envoyer en l’air

Tu dois peut-être te dire que ces attractions, ce sont quand même des trucs ultra touristiques. C’est vrai. Mais je te répondrais qu’elles ne le sont pas pour rien. Si la Statue de la Liberté est de loin le monument le plus petit que tu pourras découvrir à New York, la vue depuis le 86 étage de l’Empire State est tout bonnement incroyable. Tu peux y rester le temps que tu veux, et te servir (gratuitement, ce qui n’est pas le cas depuis le Top of the Rocks) des longues-vues pour jouer les voyeurs — les New yorkais sont pas très fans des rideaux.

new york petrin expressJe ne suis pas un gars patient. Genre du tout. Alors en général, les musées et moi on n’est pas super copains. J’ai tendance à m’y ennuyer rapidement. Mais là tout était différent. Parce qu’au Musée d’Histoire Naturelle, il y a des squelettes de dinosaures. Et quand je vois des dinosaures, j’ai de nouveau 6 ans.

Une visite ma foi passionnante, même si elle nous aura pris la journée. Cet endroit est gigantesque, et encore, nous n’avons pas tout exploré, loin de là ! Ça contraste avec la déception procurée par le Zoo de Central Park, visité la veille. On s’imaginait un truc immense ; on s’est retrouvé à faire le tour en moins d’une heure, et surtout à avoir le ventre noué face à la mine rabougrie des animaux dont les conditions de vie n’ont pas l’air terribles. Bref, à éviter. À choisir, allez plutôt voir les squelettes. Ou les écureuils qui règnent en maître sur la ville.

 

Pinot noir

Après ces fameuses découvertes qui nous ont mis des étoiles dans les yeux, du baume au coeur et la goutte au nez, on décide de revenir au bercail pour planifier le reste de notre séjour. Sauf que rien ne se passa comme prévu.

Visiblement sous qualifié pour parvenir à tourner correctement une clé dans une serrure, Kirsten me vient en aide et nous ouvre de l’intérieur. On découvre un appartement sens dessus dessous. Des cartons partout, des déguisements qui jonchent le sol, et une hôte très embêtée par la situation. Elle nous explique que l’ami chez qui elle stockait tout ça lui a demandé de venir chercher son bordel fissa (pour une raison qu’on a pas bien comprise).

Bref, pour se faire pardonner d’empiéter sur notre espace de vie — ce dont on se fout éperdument dans le cas présent —, elle nous offre un verre d’un très bon Pinot noir californien et nous propose de lui raconter notre première journée à New York. Un échange idéal pour travailler notre anglais !

On papote, on rigole. Et on termine la bouteille de vin en lui offrant notre carte de visite et un sticker (t’en veux un ?).

Elle nous annonce qu’une amie à elle va passer une ou deux nuits dans le salon, en dépannage. Il s’avère que l’amie en question s’appelle Laetitia, et qu’elle vient d’Alsace. Cela fait 8 ans qu’elle vit à New York. Elle nous raconte son parcours, et les difficultés à obtenir la fameuse carte verte pour pouvoir travailler aux USA. Par chance, elle dispose d’un Visa d’artiste, facilitant les démarches. Laetitia est pianiste professionnelle, et l’associée de Kirsten (par ailleurs chanteuse d’opéra) dans la société qu’elles ont montée il y a quelques années. L’ambition de leur compagnie est de promouvoir un opéra populaire et accessible, loin des clichés élitistes que cette scène véhicule habituellement (si ça t’intéresse, c’est par ici !)

On part se coucher ronds comme des queues de pelle, pas motivés pour un sou pour planifier quoi que ce soit. Mais on repart malgré tout avec une jolie liste de recommandations que nous ont dressée Kirsten et Laetitia. On terminera notre programme dans le métro.

« La RATP me manque »

Tiens les transports, parlons-en. Parce que figures-toi qu’il nous vient l’envie d’aller explorer un peu Brooklyn, et plus spécifiquement le quartier de Buschwick, connu pour sa prolifique scène Street art.

Eh bien même si Brooklyn est situé quelques kilomètres au sud du Queens, aucun moyen d’y parvenir sans repasser par Manhattan. Pour te rendre compte de l’absurdité du truc, imagine-toi devoir repasser par Paris pour te rendre à Troyes, en partant de Reims.

Dire qu’on a fait les gros yeux quand, la veille, Laetitia nous avouait « la RATP me manque ». Première et dernière fois de notre vie qu’on entendra ça je pense.

Bref, Bushwick s’avère être un quartier formidable, d’un calme olympien. On retrouve des bâtiments à taille presque humaine, barbouillés d’oeuvres d’artistes de renom (Jef Aerosol, D*Face) comme de plus modestes. Il n’y a presque pas de bruit, et l’on s’y balade comme dans une galerie d’art. Les petits fours et le Champomy en moins.

 

On a tous une image plus ou moins claire de ce qu’est New York. On l’a tous déjà vue mille fois, cette ville. Pourtant, on en oublie trop souvent qu’il s’agit d’une métropole côtière, et que l’on y trouve donc des plages. Nous avons jeté notre dévolu sur Brighton Beach, située à l’extrême sud de Brooklyn, et qui abrite la fameuse Coney Island et son parc d’attractions typique des côtes américaines. Évidemment c’était fermé, sinon c’est pas rigolo. Mais on a quand même réussi à capturer de jolis instants en observant le coucher du soleil sur le ponton.

coney island sunset

Bake on

Il nous reste encore tant à visiter, et si peu de temps. On prend sur nous pour résister à l’appel de la grasse matinée. Heureusement la charge pondérale procurée par les astronomiques petits-déjeuners servis dans les Diners américains nous exempte de devoir manger le midi.

alice's tea cup new york
Alice’s Tea Cup

On a particulièrement retenu le Good Enough To Eat, et le Alice’s Tea Cup. Deux lieux aux ambiances diamétralement opposées, mais qui jouent tous deux sur la corde de la bombance. Dans le premier, on te conseille le Lumberjack. Des oeufs brouillés, du bacon plus croustillant que les croûtes de mémé après son 90ème anniversaire, et une pile de pancakes qui ne demandent qu’à être noyés dans du sirop d’érable.

Dans le second, on est plus raffinés, avec un gargantuesque Granola aux fruits frais et au fromage blanc exquis.

Mais si tu tiens vraiment à faire tes trois repas par jour, on ne saurait que t’inviter à te rendre au Refinery Rooftop. Situé au 11ème étage de l’hôtel du même nom, sa terrasse t’offrira une vue imprenable sur l’Empire State Building, situé à quelques « blocks » de là. Les boissons sont plutôt chères (compte 18$ le cocktail et 9$ la binouze), mais leurs plats sont au même tarif et envoient du bois.

 

Mémoire

9 11 memorial
Mémorial des tours du World Trade Center

Mais promis, quand on bouffe pas et qu’on boit pas, on fait des trucs hein. Regarde, on a même été passer une demi-journée entière au mémorial et au musée dédiés aux attentats du 11 septembre 2001.

Ouais, je sais, ça calme.

On nous avait prévenus que ça secouait pas mal, et on ne nous a pas menti. Je te cache pas que c’était pas une partie de plaisir, mais c’est important, même si ce sont des événements que l’on a vécus de loin. Pour te dire, c’est la première fois que je vois des distributeurs de mouchoirs à chaque coin d’une exposition. Ah, et si tu te poses la question : oui, il y a bien une boutique de souvenirs à la sortie du musée.

Les quartiers historiques

Nos derniers jours à New York se sont résumés à l’exploration des quartiers de Greenwich Village, Soho, Little Italy et Chinatown. Si les deux premiers sont juste fabuleux à visiter, on s’est un peu emmerdé dans les deux derniers. Ça pue l’attrape-touriste à trois kilomètres et nous n’avons pas trouvé grand-chose qui vaille la peine de s’y user les semelles.

 

Non, on a préféré terminer notre course par — last but not least — la traversée du pont de Brooklyn à la tombée de la nuit et l’exploration du quartier de Dumbo. Si tu as vu Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, tu connais forcément. On a bien tenté de reproduire la fameuse photo, mais de nuit ça ne rendait pas comme on voulait. Tant pis. Mais on a mangé une grosse pizza chez Juliana’s, en buvant de la Brooklyn, évidemment.

 

Si j’ai aimé New York ? Plus que je l’avais imaginé. 6 jours est un délai bien trop court pour profiter au maximum de ce que cette ville peut offrir. Et encore, on est loin de t’avoir parlé de tout. J’aurais pu m’étaler davantage sur la croisière sur l’Hudson, sur la gastronomie locale, sur la gentillesse des New yorkais. J’aurais même dû, probablement, te parler de la High Line. Mais cela offre déjà un joli aperçu, et surtout signe une promesse : celle d’y retourner pour en découvrir un autre versant.

petrin express new york

Pierre

J'ai suffisamment joué aux jeux vidéo pour savoir que sans expérience on se fait latter par le boss de fin. Du coup je pars monter des niveaux dans le monde ouvert, le vrai.

7 commentaires
  1. Une chose est sûre c’est que je me régale de cette découverte de la grosse Pomme qui es pour moi un incontournable des lieux à visiter aux USA. Les photos sont splendides et donnent un aperçu vivant et non moins envoûtant de votre périple qui ne fait que commencer. Profitez en un maximum , je pense chaque jour à vous . Gros bisous les road trpers ! Keep cool and safe😘

  2. Coucou cousin,
    j’adore ta façon t’écrire, j’ai l’impression de t’entendre en lisant ton article. Profitez bien les amoureux et éclatez-vous au pays de l’oncle Sam.
    Bisous
    Denis

  3. J’adore, je Me bidonne quand je lis les petites remarques sarcastiques (j’ai l’impression d’entendre Mélissa parler!) l’article est génial ! Kiffez bien les poulets profitez surtout plein de bisous ❤️

    1. Haha tant mieux si ça t’as plu ! On a bien rigolé en écrivant l’article aussi. Par contre, raté, pour le coup les remarques entre parenthèses c’est Pierre, pas moi 😉

Répondre

Ton adresse email ne sera pas divulguée